Jeudi 1er juin 2000

Jour de l’Ascension.

A Ostende, l’équipe de football de La Louvière joue son dernier match de la saison mais est déjà certaine de son accession à la division 1 nationale, retrouvant ainsi l’élite du football belge. Tout le monde en parle car cela fait du bien d’entendre parler en positif de la Région du Centre, c’est tellement rare.

Rappelez-vous, le 18 mars, la ville de La Louvière brillait de mille feux avec “ Décrocher la lune ”, sublime spectacle de Franco Dragone. Partout on en parlait, radios, télés, journaux... Même hors de nos frontières. Quel bonheur et quelle fête! Le Centre revivait. Même sous la pluie, le ciel était bleu et le soleil luisait ! Dix jours plus tard, la tornade Bombardier effaçait tout. Aujourd’hui la RAAL (Royale Amicale Athletic La Louvière) retrouve le sommet du foot, elle “ décroche la une ”. Pour rester dans ce même ordre d’expression, je dirais que l’ensemble des 397 personnes sur “ le carreau ” n’a plus qu’une seule envie vis à vis de Bombardier, l’envie de “ décrocher des tunes ”.

Vendredi 2 juin

Rumeur ou réalité ?

La société Duferco qui serait déjà venue visiter le site de Manage en serait réellement amateur pour y créer des ateliers de galvanisation. Pour rappel, cette société italienne a repris Les Forges de Clabecq et les usines Boël de La Louvière.

Lors des négociations entamées lundi, la direction nous a informé avoir 425 emplois à distribuer, donc plus que la situation actuelle. Pas mal, n’est-ce pas, mais aucune précision quant aux métiers, aux lieux d’activité... bref du vent une fois de plus. Car imaginons que Duferco s’installe à Manage. Que deviennent les soudeurs, ajusteurs, mécaniciens bogie, dessinateurs ferro,... Alors que les institutions destinées à trouver de l’embauche dans la région ont tant de difficultés, Bombardier en claquant dans les doigts en trouve 425 ! Qu’en penser ? Sifflet et huer l’ONEM (Office National de l’Emploi) et dire bravo à Bombardier ? A vous de choisir. Dites-nous votre avis.

Samedi 3 juin

Devant l’usine est toujours dressée la tente qui abrite du personnel dès 15h00 jusqu’à 06h30 le matin suivant

Les permanences sont établies sur base de volontariat, tant côté ouvriers, qu’employés ou cadres. Plus le temps passe, plus difficile devient le recrutement. Chose parfaitement compréhensible et humaine : découragement (à quoi ça sert..), absences pour maladie (y en a marre), ras le bol (celui-là ne vient jamais), égoïsme (je m’en fous, les autres sont là et je toucherai la même chose qu’eux...).

Pour rappel ou info, voici et les acteurs prévus pour les négociations à venir.

Ce samedi, au Complexe sportif de Manage “ le Scailmont ”, un match de football a été organisé entre l’équipe BN et celle des ANF de Crespin.

Dimanche 4 juin

“ Vo faut mord’dessus vo chique eye sa va d’allé ”

Bien que, mis à part ces quelques lignes quotidiennes, j’essaie de me consacrer à autre chose et à faire le vide dans mon esprit, il est très difficile d’y arriver. C’est le cas de tous et toutes qui vivent cette situation depuis plus de 2 mois. “Bonjour, ça va ? Oui. Tu as bien dormi ? Pas de problème, comme un loir”. C’était avant, mais les questions et les réponses sont les mêmes. Il le faut car chacun sait que son interlocuteur pense de même. Difficile, la situation l’est mais comme on dit dans la région et en patois : “ Vo faut mord’dessus vo chique eye sa va d’allé ”. L’orthographe wallonne n’est sans doute pas bonne mais ça veut dire en gros : “ Courage, ça va aller ”.

Lundi matin à 8h00, les employés se réunissent avec leurs délégués et le permanent syndical Setca afin que les grandes lignes directrices du cahier de revendication soient définies et que le personnel les mandate pour la négociation prévue le vendredi 9 juin. Ensuite à 10h, une assemblée commune est prévue avec les ouvriers et cadres.

Lundi 5 juin 2000

Comme annoncé, un match de football a eu lieu ce samedi 3 juin, opposant les équipes de Bombardier Manage à celle de Crespin. Arrivés vers 14 heures en autocar, les camarades français sont d'abord acceuillis à la tente face à l'usine, tente qui vous le savez est devenue le symbole du combat de Manage. Après cette prise de connaissance, les joueurs rejoignent la stade du "Scailmont" où, malgré la supériorité offensive des manageois, le match se terminera par un nul: 2 buts partout. Après le douche et la "pinte" traditionnelle, la troisième mi-temps fut surtout consacrée aux échanges d'information entre travailleurs, chacun put se rendre compte que les conditions de travail à Crespin sont nettement en deça des pratiques belges. Si d'aucuns avaient encore quelques doutes ou illusions sur le reclassement sur le site français, tous étaient convaincus que Bombardier ne faisait pas un cadeau en proposant de passer la frontière.

Ce matin, le parmanent syndical Setca est venu présenter aux amployer le projet de cahier de revendications mis au point avec les deux délégués. L'assemblée a prié ses représentants de présenter et de négocier ses désirs avec la direction. A 10 heures tout le personnel se retrouvait en assemblée, en prévision de la réunion de négociation qui se tiendra dès 8 heures 30, mardi, au "Relais du Marquis" entre direction et représentants ouvriers. Vu les précédentes rencontres, l'affaire DUFERCO qui semble s'amplifier et le mutisme de la direction, cette négociation ne démarrera pas sous de bons auspices.

Dès 18.00, la presse (Fréquence Wallonie) parle du rachat du site BN par Duferco et la Région Wallonne. Les négociations sont dès lors reportées, la direction privilégiant Duferco à nous !
Mardi 6 juin

Ca y est ! La rumeur devient réalité

La presse annonce un accord signé entre DUFERCO, Bombardier et la région Wallonne. Finalisation prévue le 9 juin 2000 ( de presse en annexe).

Une assemblée générale a eu lieu ce matin à 8.00, assemblée assez houleuse qui laisse sentir le raz le bol de beaucoup. Il en ressort que les gens estiment que Bombardier s'en tire à bon compte mais la reprise par DUFERCO et le raclassement est une bonne chose en soi. Bien sûr, chacun y va de son commentaire personnel avec du positif et du négatif ce qui, bien entendu, engendre des éclats de voix.

Pour rappel, la direction n'a en ce moment, donné aucun signe de vie et rien n'est prévu quant à l'annonce officielle de cette restructuration profonde (terme utilisé par Rik Dobbelaere sue les antennes de la RTBF).

Mercredi 7 juin

Le soleil brille sur la région de Manage ce matin. Mais, au sein de la Bn, dans l'esprit de chacun, tout est brumeux pour l'instant.

Les questions restent sans réponse.

Chacun savait que fin juin, c'était la mort du site de Manage. Maintenant, c'est flou ! Pourtant, nous sommes conscients que la reprise du site est une bonne chose, conscients encore que Bombardier semble s'en tirer à bon compte mais conscients aussi qu'après avoir subi une importante pression pendant plus de deux mois, il faudra encore se battre pour le reclassement des 180 emplois prévus mais surtout se battre pour les autres.

Un regret. C'est par la presse que les membres du personnel ont appris cette intention de partenariat Duferco/BN/Région Wallonne. C'est dommage, la direction n'aurait-elle pas pu le faire au travers d'un Conseil d'entreprise ?

Jeudi 8 juin

Rien, pas un mot, pas un signe de la part de la direction. Black-out total.

Les représentants du personnel attendent mais s’inquiètent de la tension grandissante de la base qui — et c’est compréhensible — est prête à exploser.

Si la direction attend la signature avec Duferco et la Région Wallonne avant de s’exprimer, il ne faudra pas compter avoir des informations d’ici mardi prochain.

La tension est tellement forte dans l’usine qu’une question brûle les lèvres : tiendra-t-on ?

A 10 heures, la direction a demandé à voir les représentants du personnel. Brève réunion pour annoncer un Conseil d'Entreprise mardi midi. Une assemblée du personnel a eu lieu immédiatement après.

Vendredi, 9 juin

L’assemblée de jeudi a, à première vue, apaisé les esprits. Ce n’est pas pour autant que l’atmosphère ait changé du tout au tout, loin de là, mais la tension qui existait semble descendue d’un cran.

Le long week-end qui vient sera un long week-end de réflexion. Que va donner le Conseil d’entreprise de mardi midi ? Bien sûr, la presse aura déjà fait part de l’entrevue et de la signature d’intention de partenariat entre Duferco-BN et la Région Wallonne. Journaux, radios et télés annonceront sans doute ce que le Cconseil d’entreprise confirmera. Nous serons, une fois encore, les deuxièmes sur la balle, en parlant foot... Mais nous dirons, pour une fois, que c’est la faute au... calendrier. T.E.

Mardi 13 juin

Le Ce (comité d'entreprise) de ce mardi a, comme prévu, confirmé ce que la presse avait déjà publié soit 180 emplois sur le site manageois.

Le reste ? ? ?

Aucune assemblée n'a dès lors été tenue.

Ce mercredi 14 une première réunion se tient au " Relais du Marquis " à Ittre, réunion commune ouvriers-employés. Le reste de la semaine est réservé aux négociations. La direction a demandé aux délégués une flexibilité d'horaires maximale pour la semaine prochaine !

En ce qui nous concerne, rien ne sert de courir....

Mercredi 14 juin

Mercredi 14 juin 2000 Le relais du Marquis à Ittre a été notre lieu de rencontre avec la direction de ce mercredi à 08.30.

Il y a été défini des grandes lignes de négociations dans lesquelles la direction souhaite voir clair rapidement. L’attention a évidemment été attirée sur le fait que les conditions étaient tout à fait différentes d’il y a quelques jours, la perspective de fermeture étant devenue un projet industriel.

D’un commun accord, direction et syndicats ont décidé qu’aucune déclaration ne serait faite à la presse, les éléments débattus devant être soumis d’abord à l’assemblée générale du personnel qui aura lieu ce jeudi à 13.00 à l’usine. Un calendrier de négociations sera établi dès que possible.

Mercredi soir, 20.00, soirée détente. Quelques travailleurs se désolidarisent le temps du match Italie-Belgique. Les Italiens, à gauche, séparés des Belges, à droite. Les deux groupes suivent la rencontre en supportant leur équipe, les plaisanteries fusent de part et d’autre, amicales, l’ambiance est réellement amusante à tel point que le match en devient secondaire, le plus important est bien sûr l’amitié qui unit nos deux communautés, richesse culturelle de notre région. Et puis les soucis sont momentanément oubliés, n’est-ce pas le plus important ?

Vendredi 16 juin

Une assemblée générale a eu lieu jeudi à 13 heures, durant laquelle les délégués ont relaté la réunion avec la direction du 14 juin.

Les informations données par la direction n’ont pas convaincu et encore moins rassuré le personnel. Elles sont en effet incomplètes et, pour plusieurs points, doivent encore être négociées. Le personnel craint toujours de se voir imposer des conditions de travail en deçà de celles existant auparavant et de se faire doublement posséder par Bombardier. Toutefois, le personnel ne rejette pas les opportunités d’emploi ni la reprise du site par Duferco. Il ne veut toutefois pas faire les frais d’un " plan porteur vis-à-vis de l’opinion publique " mais qui les léserait profondément dans leurs acquis. Le point le plus sensible étant, bien entendu, les " conditions locales françaises " qu’une partie du personnel devrait accepter après une période d’adaptation et qui pourraient occasionner pour certains une perte d’environ 30% du salaire.

La journée d’aujourd’hui a encore servi à calmer des personnes visiblement fatiguées et dégoûtées du drôle de jeu que l’on joue, pensent-elles, derrière leur dos. Le manque de confiance totale s’accentue et les représentants des travailleurs ont beaucoup à faire afin de calmer et essayer de rassurer.

Lundi 19 Juin

Les délégués Ouvriers et Employés ont, dans un premier temps, rencontré la direction ainsi que des représentants de Dufreco et de la Région Walonne.

Une assemblée du personnel est fixée à demain.

Ensuite les négociations ont commencé pour les ouvriers. Celles concernant les employés débuteront mardi. Elles seront poursuivies en alternance et toujours au "Relais du Marquis".

Mardi 20 juin

La réunion de négociation pour les ouvriers s'est tenue comme convenu lundi dès 8.30 et s'est terminé tard dans la soirée, sans grande avancée. Les représentants ont, dès mardi matin, fait rapport au personnel, l'assemblée fut relativement calme, les gens faisant à ce moment là confiance à leurs représentants.

Pendant ce temps, les représentants des employés se rendaient à Ittre accompagnés de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent ainsi que de quelques cadres. Ils sont restés symboliquement devant le "Relais du Marquis" jusqu'au moment où la réunion a commencé. Celle-ci se terminera début d'après midi sans non plus avoir effectué des avancées significatives. Toutefois, quelques pistes ont été approchées qui, en soi, permettent de ne pas se fermer définitivement à l'espoir de voir aboutir un plan social susceptible de rencontrer l'aval des travailleurs. De retour à Manage, une assemblée de 2 heures a permis d'exposer la situation de manière objective et d'écouter encore une fois les réflexions des travailleurs de plus en plus tendus et méfiants.

La reconversion du site est considérée comme une opportunité intéressante vu qu'elle permettrait de sauvegarder 180 emplois et de relancer une activité économique prometteuse d'avenir pour la région MAIS cela ne pourrait se faire au détriment des autres travailleurs qui, pour l'instant, ne peuvent s'inscrire dans les reclassements "hors Duferco" et qui vivraient la perte importante d'acquis et de revenus. Les représentants ont à nouvau été mandatés dans le sens de régler un volet social honorable pour tous les travailleurs avant d'accepter quoi que ce soit.

La confiance en la Région Wallonne et Bombardier étant nulle, beaucoup pensent même se voir floués par ces interlocuteurs-ci.

Mercredi 21 juin

La tension est arrivée à son paroxysme depuis le début du conflit.

Les travailleurs se sont spontanément retrouvés dans la cour de l'usine où des petits foyers d'incendie ont été allumés et des pièces très importantes telles que bogies ont été amenées, prêtes à être détruites. Les représentantts n'ont pu contenir ce mouvement et ont été pris à parti par quelques travailleurs.

La suspicion s'installe.

Les réunions de négociation sont prévues pour cet après-midi ont été annulées. Les ouvriers syndiqués à la FGTB ont choisi un médiateur social, les employés affiliés au SETCA n'ont pas de même.

Jeudi 22 juin

Les ouvriers se sont rendus à Jolimont au siège de la FGTB Centre. La rencontre fut très houleuse.

Deux faits importants.

Mercredi, la réunion de négociation "employés" a été annulée par la direction. Les représentants ont insisté mais après une promesse de rappeler pour fixer une nouvelle heure, la direction a préféré contacter le permanent syndical au lieu des représentants des employés sur le terrain, en proposant une rencontre pour le lendemain à une heure indéterminée. Quand ces propos leur furent rapportés, les représentants réagirent en refusant catégoriquement ce rendez-vous et signifièrent à la direction qu’ils n’étaient pas des marionnettes et que, dès lors, date et heure de négociation seraient décidées par eux.

Ce jeudi, certains membres du personnel ont reçu, par porteur car non oblitéré, une enveloppe de Bombardier contenant une proposition d’emploi dans le cadre du schéma de la direction non encore négocié et à accepter ou pas avant le vendredi 23 juin.

Cette initiative plus les incessants reports de dates laissent penser que Bombardier ne souhaite pas aboutir dans les projets proposés car la direction sait très bien que les travailleurs de Manage et leurs représentants ne se laissent pas influencer par une démarche visant à créer une division au sein des travailleurs. Au contraire, cela renforce leur détermination et leur solidarité.

Après assemblées générales, les travailleurs ont souhaité se rendre au siège de la FGTB à Haine Saint Paul et y rencontrer les permanents "ouvriers et employés" et les interpeler quant à la manière la plus adéquate de sortir de cet imbroglio. Ils ont réaffirmé massivement leur totale adhésion au sauvetage du site par Duferco mais pas à n’importe quelles conditions et certainement pas aux conditions "Bombardier". Ces mêmes revendications seront transmises demain au gouvernement wallon dans son ensemble par les travailleurs. Ceux-ci souhaitent être reçus dignement et écoutés et ils ne comprendraient pas qu’on leur refuse cette demande légitime.

Demain donc, les ouvriers et les employés seront à Namur au siège du ministère de l'Economie de la Région Wallonne où ils espèrent et comptent bien rencontrer le ministre Kubla.

Mercredi 28 juin

Tout le week-end a été consacré à des rencontres avec les différents "partenaires" et ont parmis aux représentants du personnel d'exprimer le point de vue travailleurs. Chacun est toutefois resté sur ses positions.

Lundi 26, une réunion est prévue avec les différents interlocuteurs, elle est postposée au lendemain pour permettre au médiateur de proposer des pistes visant à solutionner les différents axes de la négociation.

Mardi 27, les représentants des travailleurs ainsi que les partenaires se sont retrouvés au Motel à 8.30 heures afin d'entamer une discussion préparatoire à la négociation. Au terme de la matinée, de nombreuses pistes intéressantes ont été débattues sans pour autant dégager un consensus. Les représentants des travailleurs, loin d'être satisfaits, entrevoient cependant une brèche qu'il leur appartiendra d'ouvrir davantage. L'après-midi de la discussion devait être consacrée à l'analyse et la réflexion de part et d'autre, mais une tension extrême en entreprise rapportée aux délégués non présents sur le site de Manage a perturbé cette réflexion. La nouvelle rencontre qui était prévue à 19.00 heures a bien eu lieu mais n'a pas permis d'avancer d'un iota sur les propositions du matin. Le débat a tourné autour de la tension et de la provocation qu'ont subi les travailleurs par un encadrement local et ce au mépris, semble-t-il, de la volonté des parties, y compris de la direction de Bombardier présente au Motel, d'avancer concrètement. Celle-ci a donc proposé de déclarer qu'elle n'était pas responsable de l'initiative malheureuse de son encadrement et a promis de rétablir l'ordre et la sérennité.

Mercredi matin, les travailleurs réunis en assemblée, malgré l'outrage subi la veille (visite d'un huissier avec le directeur local notamment), ont réaffirmé leur confiance dans les représentants les mandatant pour avancer dans la négociation et essayer d'améliorer les propositions sur la table.

Jeudi 29 juin

Dès mercredi 13 heures, les discussions ont repris au motel de Nivelles.

La direction a fait part de ses nouvelles propositions qui ont été examinées et fait l'objet de nouvelles pistes à exploiter par les parties présentes autour de la table. Quelques avancées semblent se dessiner. La tension est toujours vive sur le terrain mais contrôlée, quoiqu'une étincelle puisse encore remettre le feu. Les représentants des travailleurs rencontreront à nouveau la direction ce jeudi vers 17 heures.

Vendredi 30 juin

La réunion prévue ce jeudi a été plus une réunion "téléphones" qu'une rencontre conventionnelle. En effet, les "offres" faites par Bombardier étant nettement différentes de celles des travailleurs, de nombreux contacts ont été pris avec des personnes que nous qualifierons de "plus haut placés" tant du côté politique que du côté patronal.

Lors de leur visite du matin au Gouvernement wallon à Namur, Messieurs Van Cauwenberghe et Kubla ont déclar aux représentants des travailleurs qu'ils feraient ce qui leur serait possible pour aider le personnel et les syndicats dans leur combat.

La date fatidique étant proche, les négociations reprennent ce vendredi dès 17 heures et se prolongeront durant le week end afin que dès lundi les représentants des travailleurs puissent présenter à ceux-ci les propositions de Bombardier dans les différents cas de figure. Il leur sera demandé de s'exprimer à ce sujet.

Et puis, n'oubliez pas, ce premier juillet dès 14 heures, c'est le concert rock de soutien.

Samedi 1er juillet
Tandis que les délégués négocient au finish — ce week-end est entièrement occupé par ces rencontres dont rien ne filtre — on a monté un chapiteau à côté de la tente, devant l’usine Bombardier. On y fait de la musique, des groupes rock de la région s’y produisent. L’ambiance est morose, ce n’est pas la grande foule, les esprits sont occupés ailleurs. L’orage éclate, on boit peu. Chacun se demande si l’on célèbre une défaite ou si on enterre une victoire. Dans un coin, un employé se demande combien tout cela, finalement va lui coûter. Il a fait cela presque tout seul, de sa poche...
Mercredi , 5 juillet

Nous sommes lundi dernier, 3 juillet. Voilà, les négociations sont terminées, les représentants des travailleurs sont revenus devant la base, fatigués, mais avec le sentiment d’avoir été aussi loin qu’ils le pouvaient.

Deux assemblées sont convoquées dès 9h, une ouvrière, une pour les employés. Les délégués font lecture du protocole d’accord avant de passer au vote secret. Le protocole s’oriente autour de sept catégories de travailleurs pour lesquels des propositions sont faites :

1. Les reconversions à Crespin

2. Les reconversions à Bruges

3. Les reconversions à Manage

4. Les primes de reconversion

5. Les aménagements de fin de carrières

6. Les départs volontaires

7. La cellule " Emploi "

Les assemblées sont nerveuses , voire très tendues. Nombre de personnes estiment le plan imbuvable, certains ne veulent pas voter, d’autres accusent les délégués de s’être laissé enfermer dans un carcan et de défendre le projet. Enfin, le vote se tient. À 15h, les résultats sont connus : les ouvriers acceptent le protocole à plus de 70% des votants, les employés le refusent à 33 contre 30 pour une abstention. Comment interpréter ce vote ? Faut-il fusionner les deux résultats en un vote global ou les employés doivent-ils continuer le combat avec le irsque de voir l’accord tomber pour l’ensemble des travailleurs, y compris les ouvriers en entraînant probablement le scénario de la fermeture ? Pour les délégués qui ont négocié ensemble pour un projet commun, c’est la première solution qui semble logique mais les employés qui ont émis un vote négatif privilégient la deuxième. La discussion continue et après contact avec, notamment, la direction et l’engagement de la délégation de faire pression sur tous les " partenaires " (Bombardier, Duferco et la Région Wallonne) afin que la " cellule de reconversion " réussisse et qu’aucun travailleur ne se retrouve à terme au chômage et trouve un emploi garant de ses droits , c’est la première solution qui passe.

Certains travailleurs crient au scandale et une communication maladroite à la presse accentue ce sentiment, certains parlent de magouille, de trafic des chiffres et prennnent la parole devant les médias. Le lendemain, de nombreux travailleurs se retrouvent devant l’usine, fermée. Les délégations ont obtenu de la direction quatre jours de congé supplémentaires , bien mérités, après trois mois de pénibles attentes et d’espoirs... mais tous n’ont pu être prévenus à temps et pensent être jetés à la rue comme des malpropres. Après discussion avec leurs représentants, les travailleurs sont autorisés à reprendre leurs effets personnels et, vers midi, tous rentrent chez eux prendre un repos nécessaire. Des rectifications concernant le vote des employés sont faites aux médias présents en insistant sur le refus de cette catégorie du personnel.

La rentrée sera probablement pénible. Les travailleurs sont déchirés et ont le sentiment d’avoir du choisir entre la peste et le choléra. Ils ont été les otages des " partenaires d’Antibe " qui sans les écouter ont laissé sur leurs épaules la responsabilité de faire échouer un projet industriel porteur d’espoir. Une plaie est ouverte, Bombardier s’en tire la tête haute, les travailleurs ont partagé la misère...

NB de Lautresite. L’usine Bombardier de Manage est désormais fermée pour trois semaines, chacun va prendre des vacances. Le retour est prévu pour le début du mois d’août. Lautresite, qui a accompagné les " 397 de Manage " durant cette crise, continuera de vous tenir au courant, dès ce moment, du devenir de chacune des personnes que vous avez pu rencontrer sur ce site.