Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2012
   


 
 
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La patrouille revient au matin. Car le lieutenant a oublié son couteau. La maison est mise à sac, mais la fouille ne donnera rien. Car un des gamins l’a trouvé et l’a caché. Il ne réapparaîtra que 45 ans plus tard, entre les deux tours des élections françaises, quand le gamin, Mohamed Moulay, qui a alors 57 ans, le confie à une journaliste du Monde.
Car ce couteau porte, gravé, le nom de Jean-Marie Le Pen, alors qualifié avec Jacques Chirac et devant Lionel Jospin. En renvoyant en France ce couteau, Mohamed Moulay dit simplement : " La situation est grave. Un homme qui a les mains pleines de sang prétend entrer à L'Elysée. "
Cette histoire, " Le Monde " la fait paraître. Et le président du Front national dépose plainte, un procès qu’il perdra car à l’audience, le couteau exhibé viendra déchirer l’accusation de diffamation. On n’est pas diffamé, en effet, lorsque l’on égare un poignard marqué à son nom. On n’est pas diffamé non plus lorsque l’on perd un couteau fabriqué dans la Ruhr en 1930, un poignard des Jeunesses hitlériennes.
Mohamed Moulay est mort samedi dernier à Alger. Il aura eu le temps d’apprendre le score de la fille du lieutenant français et de voir comment tout cela — les musulmans, les étrangers, les frontières — continue de faire campagne. Mohamed Moulay était musulman, il n’était pas français, n’appartenait ni à l’immigration légale ou illégale, mais sur sa tombe, on devrait écrire : " Vivant pour la France ". Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.