Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2011
   


 
 

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En ce jour du mercredi 25 mai 2011, En ce mercredi des cendres, l’avion s’est posé sans encombre. J’étais en Tunisie, ce pays proche, ce pays chaleureux : c’était le slogan touristique d’une dictature, et j’allais voir comment une révolution continue et comment les gens vivent une fois que les slogans touristiques d’une dictature se dissolvent dans une promesse démocratique.
Depuis que Ben Ali est parti, tout reverdit. On va commencer comme ça. Sur la route vers Tahla, ce lieu improbable, une sorte de petite ville du Far West où l’on a payé très cher la révolution — la cité fut encerclée, la région compta 64 morts—, Ayman dit cela : "Depuis que Ben Ali est parti, tout reverdit". C’est vrai, et d’ailleurs il pleut.
Cette Tunisie d’où je reviens est l’envers d’une carte postale. Il pleut, c’est pauvre, ce n’est même pas très beau, nous sommes dans cette région du centre ouest, entre Gafsa, Kasserine et Sidi Bouzid, là où s’immola Mohammed Bouazizzi. La région des réprouvés, punis par le régime par un mal développement endémique : les gens d’ici sont traditionnellement rebelles, mineurs, ouvriers, il n’y a pas de plage par là, tout juste des ruines romaines qui font le pendant à la décadence économique et on chercherait en vain le jasmin.
Personne n’en parle d’ailleurs ici du jasmin. De la semaine, ce mot n’est jamais venu. Ce qui se prononce, c’est le terme de société civile. Elle est partout. (...)