Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2011
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 18h00 sur la rtbf

Ecouter la chronique du jour .


Je sais. On va dire encore que je fais des liens entre des choses qui n’ont aucun rapport entre elles. Je sais. Mais simplement je note que les fils de l’actualité parfois font des nœuds.
Je me disais, dans cette demande d’ouverture d’un débat sur l’amnistie et la collaboration qui ressemble à un piège— qui semble même grossier, auquel il ne faudrait sans doute pas porter l’attention qu’on lui prête — qu’il y a aussi cette chose, cette proposition de dédommager "les victimes de la répression d’après-guerre ou leurs descendants". On pense évidemment que les fils ne sont pas responsables des crimes de leurs pères. On l’a toujours pensé. On ne fait pas peser sur quelqu’un quelque chose qu’il n’a pas commis. De ce passé-là, de fait, on l’exonère. On l’oublie.
Mais que penser dès lors de l’indemnisation des descendants, par exemple, qui figure au programme de ce débat revendiqué ? N’est-ce pas justement une manière de leur faire endosser une faute qui n’est pas la leur ? N’est-ce pas précisément faire en sorte que l’oubli ne puisse jamais tomber sur quiconque aurait des liens, même insoupçonnés, avec ce passé qui ne passe pas ? N’est-ce pas faire le contraire qu’amnistier ? N’est-ce pas justement installer cette mémoire dans le temps long ? La rendre incompressible ?
Je serais descendant d’une personne coupable de résistance pendant la guerre dénoncée par un collaborateur victime de la répression de l’après-guerre, je pense que je m’empresserais alors de demander des dédommagements aux dédommagés.
Un ami, m’envoyant un mail s’étonnant de la résurgence de cette polémique et des réactions qu’elle engendrait terminait ainsi son courrier : "Je pense que nous vivons des temps suffisamment incertains pour qu’ils ne soient pas inutiles". Dont acte. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.