Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2011
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 18h00 sur la rtbf

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L’affaire Dutroux, de l’étranger, jeta l’opprobe sur tout un peuple tandis que, de l’intérieur, elle valida cette idée du partage d’un même malheur et d’une même émotion, elle souda et elle unifia au-delà de ses habituelles divisions et de ses populations agréées, tout le monde fut dans la rue en même temps : Flamands, Wallons, Bruxellois, étrangers. C’était sans doute la dernière fois.
Car en même temps, comme le disait Edouard Delruelle ce midi sur ces antennes, elle signalait aussi, cette affaire Dutroux, la fin de quelque chose, d’une Belgique rêvée, soudée et unifiée. Le gouvernement en avait fini d’être tout à fait respectable : les citoyens refusaient désormais d’être infantilisés par qui ne se souciait pas des enfants. On veut dire : de l’avenir.
C’est peut-être la raison pour laquelle il est si délicat aujourd’hui de se placer du côté du Droit. La Justice se confond avec l’autorité. Avec l’Etat. Avec le politique. Avec ses difficultés. Et l’autorité défaille. Elle n’est pas là quand on la cherche. Alors, être du côté du Droit, c’est désormais aussi être de celui des monstres, c’est ainsi, n’est-ce pas, que l’on qualifie Michelle Martin…
J’essaie de m’expliquer comme cela ce qui se passe aujourd’hui dans ce pays. J’essaie. J’ai cherché ce qu’était un monstre. Un monstre, étymologiquement, décrit une chose, un fait, un être qui avertit et attire l’attention : on parlait ainsi de monstre lorsque l’on évoquait un miracle par quoi la volonté des dieux était annoncée à l’homme. La racine latine monere est la même que pour prémonition ou monument. Un monstre, c’est quelque chose ou quelqu’un qui veut attirer l’attention. Attirer l’attention. Mais sur quoi ? Peut-être sur ça : Belgique, c’est ta peine qui est incompressible.
Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.