Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2011
   


 
 
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Le tribunal condamne en conscience l’homme de 50 ans à une peine de 6 mois de prison avec sursis.
C’était Jean Ferrat qui se demandait : « Hommes de 50 ans, qu’avez-vous fait du monde ? ». Et bien, l’homme de 50 ans, cher Jean, il fait les poubelles et finit en prison : ces prisons dont les Nations-Unies disaient précidément lundi à Genève qu’elles étaient chez nous des poubelles. Comme quoi, notez bien, il y a un effet de sens et de cohérence chez les magistrats.
Comeos, la fédération du Commerce et des Services, se réjouit de cette décision de Justice car, explique-t-elle, consommer les produits qui sont dans les poubelles est dangereux : On ne sait pas pourquoi le commerçant a jeté de la nourriture : cela peut-être un excédent de stock mais également parce que les aliments ont été congelés puis dégelés. Par quoi il faut comprendre que cet homme, Steven De Geynst, a été condamné pour atteinte à sa propre santé et que le jugement a aussi des vertus prophylactiques et pédagogiques.
Cette pédagogie ne s’applique cependant pas aux pauvres honnêtes et soucieux de leur santé : le SNI, Syndicat Neutre des Indépendants, conseille en effet aux commerçants, dans le cas de se débarrasser dans un conteneur à déchets de produits atteints de péremption, de donner la nourriture tout juste périmée ou les produits moins présentables aux banques alimentaires ou aux CPAS.
Voilà. On n’en dira pas plus. Car que dire en effet sur ces poubelles privées et ces condamnations publiques ? On se demande. On s’interroge. Sur la consommation, le gaspillage, le recyclage, la justice qui protège les déchets. On se dit, c’est idiot que c’était des muffins et pas des croissants. Des croissants, la fable eût été complète. Et puis on comprend. Hé, les pauvres, ne cherchez plus ce dont vous avez besoin, attendez qu’on vous donne ce dont on veut se débarrasser. Ah, c’est sûr, ce soir, je ferai la poubelle pour aller manger. Allez, belle soirée et puis aussi bonne chance.