Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2011
   


 
 
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Après l'insurrection du 17 juin,
Le secrétaire de l'Union des Ecrivains
Fit distribuer des tracts dans la Stalinallée.
Le peuple, y lisait-on, a par sa faute
Perdu la confiance du gouvernement. ?
Et ce n'est qu'en redoublant d'efforts
Qu'il peut la regagner.?
Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d'en élire un autre ?

La dissolution du peuple est décidément une sorte d’invariant de la politique autoritaire et totalitaire. Il faut que le peuple mérite ses dirigeants, qu’il soit à leur hauteur, c’est-à-dire à leurs pieds, faute de quoi c’est le camp ou bien le goulag, c’est là d’habitude que l’on dissout les peuples.

L’idée de quitter son pays afin de laisser les dirigeants libres de le diriger est, de ce point de vue, une proposition assez novatrice. Oui, mais bon, où aller, alors ? Sûrement pas à Lampedusa, l’île du Guépard ­— je parle du livre, pas du président italien qui rôdait hier au-dessus en hélicoptère et qui, à sa descente, promit une baisse du prix de l’essence. C’est assez bien trouvé, il faut dire, pour une île quasi désertique. Pas à Lampedusa, donc. Mais où alors ? Une idée. Et si on inventait un pays pour les peuples dissous ? On y mettrait tous ceux qui ne sont plus à la hauteur de leurs gouvernants, les gens décevants, les insurgés, les rebelles, les pisse-vinaigre.
Oui, mais nous, par exemple, est-ce qu’on pourrait y aller ? Ben non évidemment. C’est même la grande différence entre un régime autoritaire et un régime démocratique. Dans un régime autoritaire, on dissout le peuple. Dans une démocratie, le peuple démissionne tout seul. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.