Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2011
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 18h00 sur la rtbf

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De haut, hier donc, ce fut grandiose : ces files interminables, ces voitures, ces marcheurs, ces stoppeurs, ces vélos, on aurait dit qu’on voyait se dérouler les intestins de la ville. Et à quoi était-ce dû, me diras-tu, sinon à une altercation souterraine, à un échauffement de particules, à des défenses enfoncées, qui a frappé qui est une bonne question, mais la veille tu ne t’attendais pas non plus à vivre ça et demain pour le compte tu auras des vigiles privés dans le métro et les trams : qui surveille qui est une très bonne question aussi. Hier tu n’avais pas de vigiles, demain tu en auras, pour une bagarre qui n’était peut-être pas celle que l’on croit : si tu veux qu’on parle encore de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas, repasse demain, après l’aurore. Haruki détourna le regard et entreprit de déchiqueter sa mie de pain, comme il fait d’ordinaire à cette heure-là. Je le laissai là avec son quignon et son pavé.
C’est seulement après que j’entendis Gérard Deprez dire à la radio que, tout bien pesé, la responsabilité de la crise incombait aux Belges qui avaient voté comme des débutants. Qu’ils avaient précipité des particules linguistiques sur des champs magnétiques de gauche et de droite et que c’était pourquoi l’Observatoire royal n’y voyait plus que du feu. C’était éclairant. Et même, il termina, royal : "En Belgique, ce n’est pas le roi qui est souverain, c’est le peuple". Et ce fut comme si le ciel se déchirait, que le grand jour se levait et que les lendemains chantaient.
Ah vraiment, je me demande quel effet ça va faire, une aurore boréale vert fluo sur les toits mordorés du Palais. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance…