Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2011
   


 
 

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En ce jour du lundi 14 février 2011, Une frontière invisible, une de plus, marque aujourd’hui le paysage de mon pays de bonne humeur. C’est la trace d’un carré de terre dans un cimetière, peut-être celle d’une fleur jetée dans une fosse. Cette frontière s’appelle Marie-Rose Morel et il fallait bien une mort pour endeuiller un peu plus encore des négociations de catafalque.
Que nous est-il donc arrivé ce week-end, tandis que de ce côté du paysage, nous déposions des gerbes aux gens de Buizingen, que nous marquions leur mémoire d’une stèle et que nous le faisions dans les deux langues ? Oui, que nous est-il arrivé ? Car depuis deux jours, et singulièrement depuis ce matin, le vocabulaire est en guerre.
De cette guerre, le respect serait la cause, lit-on. Nous divergerions ainsi entre Nord et Sud sur des questions de mesure et d’empathie. Nous, au Sud, nous ne souviendrions de cette femme que de sa vie, tandis qu’au Nord, on ne verrait plus que sa mort. Une vie controversée ici. Une mort emblématique là.
Mère courage d’un côté, décès statistique d’une extrémiste de l’autre : c’était aussi la fin d’un feuilleton, d’un story-telling où la mise en scène conduisait à la mise en bière, dans une inexorable descente où la mort ne figure même plus le climax, mais où tout, désormais, est de l’ordre testamentaire : ce sont les héritiers qui se chargeront de la suite de l’histoire, et elle n’est pas finie… (...)