Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2011
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 18h00 sur la rtbf

Ecouter la chronique du jour .


N'empêche, on reste épaté par cette fulgurance sémantique. "L'existence précède l'essence" disait Sartre, le philosophe. Et que nous dit donc SARTRE, le projet ? La même chose, mais le contraire. Vous vous occupez de l'essence, un autre se charge de votre existence. Pour Jean-Paul Sartre, on est ce qu'on devient, pour le projet SARTRE, on suit ce qui est devant. Ah, décidément, magnifique sublimation des acronymes !
Et de qui horodateur est-il la réduction, je n'en sais rien, mais il faut bien convenir que cela aussi invite à philosopher sur l'être et son néant. L'horodateur, vous invitant à payer, dès lors que vous vous garez dans une zone où vous ne seriez pas riverain et muni d'une carte de stationnement, vous indique votre état d'étranger perpétuel et la tolérance tarifée et momentanée dont vous faites l'objet dans un secteur qui ne serait pas le vôtre.
Et on nous annonce donc ceci que dans certains quartiers bruxellois, nous serons désormais étrangers plus longtemps. Avant, c'était jusqu'à 18.30. Désormais, jusqu'à 20.30. L'étrangeté se mesure décidément à l'espace et au temps, ce n'est pas nouveau, mais au moins on peut l'éprouver quotidiennement. Bien entendu, le tarif de l'étrangeté n'est pas uniforme et, à Bruxelles, chaque commune le mesure à son aune. C'est plus ou moins cher à l'heure, mais plutôt plus, c'est plus ou moins cher, mais plutôt plus, à la demi-journée. On essaie d'homogénéiser tout cela, dit-on. Afin que nous soyons tous pareillement étrangers dans une même région commune. Car Bruxelles, finalement, c'est quoi, une Région ou bien des communes ?
Aussi bien, les horodateurs, s'ils ne sont sans doute l'acronyme de rien, sont peut-être le symbole et le symptôme d'une urbanité qui se détruit et d'une autre qui ne parvient pas à se faire. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.