Lautresite, le jour, les billets du mois de décembre 2010
   


 
 
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. On sent qu'il viendrait bien voir d'un peu plus près, mais il est tout de même un peu distrait par ces choses qui volettent autour de lui. Ce sont des balles.
Une lui passe au-dessus, une deuxième à côté, une troisième encore, c'est à la cinquième qu'il s'effondre et pendant tout ce temps il n'a pas bougé d'un millimètre, ne s'est pas encouru ni enfui, offrant ainsi une cible immobile et docile à la chasseresse dont on imagine que c'est bien elle qui tira la dernière salve -l'image n'est pas claire- et confirmant ainsi les propos de James Meek : chasser le caribou revient à abattre une vache dans un pré. On ne dira pas ici, eu égard au parti de Madame Palin : ou un éléphant dans un couloir. Mais c'est à peu près cela. Le tout offrant le spectacle pathétique du sniper embusqué ajustant un civil.
Pourquoi, je vous le demande, ai-je repensé à ces images lorsque j'ai lu cette nouvelle, venue dans l'après-midi, comme quoi une agence de notation américaine avait à nouveau dégradé la cote de l'Irlande ? De trois crans. J'imagine l'Irlande, impavide, immobile sur son île, offerte docile aux agents fédéraux, sentant les crans la taillader. Un, deux, trois. S'effondrera-t-elle au cinquième ?
Et pourquoi, alors, ai-je pensé tout autant à ces sans abris aujourd'hui rassemblés devant et dans le Théâtre National où l'on ne jouait pas "En attendant Godot" mais où se réunissaient des représentants européens du sans abrisme, ce terme existe, afin de présenter un rapport aux autorités européennes.
Un rapport ou un cahier des charges où il est question, par exemple, de la création d'un statut européen de sans abri. On sait bien que c'est utile. On sait bien même que c'est sans doute administrativement nécessaire. Mais on ne sait pas pourquoi nous est revenue alors l'image du caribou. Allez, belle soirée et puis aussi bonne chance.