Lautresite, le jour, les billets du mois de novembre 2010
   


 
 
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Ah, il ne nous faudrait plus planter désormais que des feuillus persistants : des eucalyptus, des magnolias, du laurier ou des bambous.
Ceux-là ne s'épanchent pas et n'ont aucun besoin de ces souffleurs de feuilles dont on disait un mot l'autre jour, de leur métier danaïde, de leur métier Sisyphe, et même s'il nous faudrait, on le sait bien, imaginer Sisyphe heureux, l'on voit bien que nous sommes condamnés à l'éternelle redécouverte des feuilles d'automne.
Pendant qu'il pleuvait, des choses se passaient. Et l'on se demande : quelles sont alors les feuilles tombées sur Aug San Suu Kyi ? Lorsque Nelson Mandela fut libéré, le monde ne fut qu'un poumon. Il se souleva, il respira. On aurait dit le souffle d'une joyeuse tempête planétaire.
Aung San Suu Kyi libérée ce fut à peine un crachin. Ou alors un court halètement. Le souffle fut retenu. Et la joie contenue. Comme si on ne parvenait pas à se réjouir vraiment.
Comme si cette libération n'en n'était pas une, comme si nous savions que nous ne maîtrisons pas non plus la nature de la junte birmane. Comme si nous ne savions pas quoi faire de ces mots qu'elle emploie : comme, par exemple, cette "démocratie disciplinée" vers laquelle elle entend mener le pays. On dirait bien un oxymore. Une contradiction dans les termes. Une chose impossible. Une démocratie disciplinée, imaginez. Autant demander aux feuilles des arbres de ne pas tomber. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.