Lautresite, le jour, les billets du mois de octobre 2010
   


 
 
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Pourvu que l'on conserve longtemps encore cette position d'indécision au moment d'engager notre saut dans le vide. Car après, quand nous aurons fini de tergiverser et que finalement, un accord aura été arraché, nous en viendrons nous aussi aux chiffres qui fâchent, aux impôts qui montent, aux allocations qui descendent et aux dégraissages qui tachent. Nous nous dirons alors peut-être le bonheur que c'était d'être et d'avoir un pays entre parenthèses.
Lyonel Trouillot, cet écrivain haïtien en colère contre ce que l'on fait de son pays dévasté dont la mise entre parenthèses et entre guillemets dure depuis des siècles, parlait récemment de la désobéissance du réel. C'est une formule magnifique, ce réel désobéissant. Il visait par là la mise en coupe de son île par des politiques humanitaires visant à créer du bien dans le plus grand désordre, multipliant les programmes et les projets dans une gabegie de bienfaisance et de bonne volonté culturellement importée, sans que jamais jusqu'ici elle n'obtienne de résultats. Parce que le réel résiste. Qu'il désobéit aux volontés des hommes. Et que les gens ne veulent pas d'un bonheur malgré eux.
Nous autres ici, qui ne sommes pas en Haïti, ni en France, ni en Espagne, nous faisons beaucoup mieux avec le réel : il nous désobéit en même temps que nous lui désobéissons. C'est pour ça que nous, par exemple, nous parvenons à envoyer une taxe de télé-redevance à un sans abri en même temps que nous devenons champions du monde en vol à l'étalage. La bonne question ici n'est pas : ah bon, il y encore des étalages ? Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.