Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2010
   


 
 
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Bref, ces deux-là guettent un miracle et s'engagent vaillamment sur l'avenue, hochant à droite, hochant à gauche, comme si l'hôtel tout à coup allait s'avancer vers eux auréolé d'un halo ensoleillé : un miracle, je vous le disais.
A ma gauche survient alors une manifestante, tout en elle indique qu'elle est française, qu'elle vient de l'Aisne et qu'elle appartient à la CGT. Elle aussi porte son regard au loin cherchant désespérément un autocar qui porterait les mêmes couleurs qu'elle. Elle est petite, elle boite un peu, peut-être est-elle fatiguée, sa démarche est claudiquante, le bitume semble lui avoir fait mal. Les regards de ces trois-là se croisent. Chacun voit bien qu'il cherche quelque chose que l'autre ne connaît pas. Ils la perçoivent de suite, leur immense insularité dans cette marée humaine. Alors, en passant, pour dire quelque chose à ces hommes encostumés désorientés, la militante en rouge égarée dit : "De toute façon, nous sommes tous perdus".
Je pensais encore à cela tandis qu'un peu plus tard, arrivant à la radio, je surpris l'interview de Herman Van Rompuy où il disait comprendre l'inquiétude des gens mais assurait que lui ne l'était pas le moins du monde, inquiet. Parce que la modération salariale, disait-il, avait finalement un but social, celui de créer de l'emploi. Il faudra en passer par là, disait-il en substance, mais c'est pour la bonne cause. Moins d'une heure avait passé depuis la fin du cortège, il n'avait dû encore recevoir personne, il n'avait sûrement pas encore discuté avec quelqu'un, mais il nous assurait de cela, de sa non inquiétude. De ce défilé, en vérité, l'on comprit qu'il se souciait comme de colin-tampon.
Je me suis demandé alors si ce n'était pas Herman Van Rompuy déguisé en anglais en costume et à valise à roulettes que j'avais croisé un peu plus tôt divaguant sur l'avenue, car oui, décidément : "Nous sommes tous perdus". Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.