Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Après, le Congo est devenu le Zaïre et il n'y a plus eu de livres d'Histoire non plus, mais des feuilles de notes avec lesquelles nous étions censés organiser notre mémoire. Ces notes se sont bien sûr éparpillées : nous avons désormais du Congo des souvenirs troués.
Nous sommes ainsi : nous avons conservé plus de mémoire du Congo propriété personnelle de Léopold II que de ces négociations et de cette Table ronde de janvier et février 1960 qui allèrent si vite qu'elles surprirent et inquiétèrent les Congolais eux-mêmes, on le sait à présent. Un mois à peine pour défaire 74 ans de présence belge : l'encre de « l'Indépendance Cha Cha », écrite en quasi direct par l'African Jazz à l'hôtel Plazza à Bruxelles, faillit n'être pas sèche à temps.
Peut-être devrions-nous nous interroger là-dessus, pourquoi nous avons préféré que notre cerveau collectif s'empare de ces images répulsives d'un roi tout puissant et de ces cortèges de dénis de démocratie et des droits de l'homme, plutôt que de celles d'hommes politiques incapables de saisir l'attente de ce qui se voulait réforme, a-t-on cru comprendre, et que l'on dut se résoudre à voir finir en révolution ?
Oui, pourquoi donc, après tout ce temps, notre mémoire plébiscite-t-elle toujours la main de fer d'un roi plutôt que la modération frileuse d'un gouvernement ? Parce que sans doute, l'on fit avorter là, autour de cette table ronde de 60, ce qui aurait pu être un rêve politique majeur, une cohabitation inédite, un Congo mixte et métissé, une invention, un laboratoire, cette chose qu'ici même nous cherchons encore, entre nous.
Le Congo, allez savoir, c'était peut-être bien cinq minutes de courage politique. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.