Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Mais enfin, voici donc que le son, à son tour, nous fait connaître sa vulnérabilité et sa fragilité. Sujet lui aussi à toutes sortes de torsions, de distorsions et de brouillages, mais cela on le savait déjà, voilà qu'il est désormais l'objet de ce curieusement nommé gommage de fréquences perturbantes. Nous avions déjà eu droit à ces guerres du Golfe en version gameboy qui dédouanaient notre regard : nous aurons sans doute bientôt droit à des conflits sans coups de feu ou sans bombardements qui déculpabiliseront nos oreilles. Pourquoi pas non plus à des manifestations sans slogans et peut-être même, allez savoir, à des discours sans mots. Ou sans les mots dont la fréquence sonore serait perturbante. Je ne vous les cite pas, vous les connaissez déjà. C'est beaucoup mieux, avouons-le, que le « bip » qui dans nos temps anciens masquait l'intrusion d'une incongruité langagiére.
Hommage donc aux vuvuzelas qui permirent, entre autres découvertes sonores, l'irruption d'une technique de dissimulation visant notre bien-être. La salubrité publique, désormais, n'a plus de limites : il ne suffit plus de nous protéger contre nous-mêmes de nos comportements à risque, voilà que la loi du plus grand nombre (car c'est vrai les vuvuzelas énervent beaucoup le téléspectateur et les agences publicitaires) n'est plus seulement démocratique, elle est aussi prophylactique.
Laissez donc les vuvuzelas souffler à nos oreilles dans ces bourdonnements apicoles qui nous font presque croire à l'été. Au moins, ils masquent ce que les supporters crient de la tribune et ce que les joueurs disent, à la mi-temps, à leur entraîneur. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.