Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Car quelques-unes de ces plantes ne sont pas homologuées au codex européen, ce sont des semences clandestines que s'échangent des amateurs, on veut dire des jardiniers soucieux de la diversité comme du pluralisme car ceci, en plus d'être un acte artistique est aussi un moment politique. Se joue ici la liberté de circulation de la semence contre sa confiscation par les grainetiers, multinationaux, sans doute, mais pas bio-diversifiés pour autant.
Cela fait plusieurs années que François Martig s'intéresse aux paysages : comment ils se créent et comment on les modifie. Des paysages économiques et sociaux, tient-il à préciser. Il a travaillé, par exemple, sur ce qui existe sur ces îlots centraux des autoroutes qui me font penser à ce Tiers paysage du jardinier Gilles Clément, je vous en avais parlé en d'autres temps. Vous savez : ces lieux de friche qui recèlent souvent plus de richesses que les jardins les mieux tenus.
Et là, dit-il, l'idée est de créer ce qu'il appelle « du paysage potentiel ». Car un ballon envolé est un capteur de hasards autant qu'un disséminateur de possibilités. Car oui, où tomberont-elles, ces graines ? Quelqu'un va-t-il les trouver ? Et si oui, les semer ? Ou bien vont-elles germer toutes seules dans un champ improbable ? Ou simplement tomber à l'eau et se perdre ? Au total, un paysage peut-être va bouger.
De son travail, François Martig dit qu'il s'agit d'une série d'actes de « parasitage ». Dans quelques jours, il enverra des pigeons ensemencer pareillement le monde. « Ce que je veux dire, ajoute-t-il, c'est que si on voulait, on pourrait ». Et l'on s'étonne au moins autant qu'on s'en réjouit que ce soit un centre d'art contemporain qui accueille désormais cette désobéissance-là. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.

Les ballons s'envoleront ce soir dès 19h du BPS22, face à l'Université de Travail de Charleroi.