Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2010
   

 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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La preuve c'est que se déroule en France depuis quelques années ce que l'on appelle une guerre de l'ortie qui n'est jamais que symbolique de cette sorte d'hémiplégie qui consiste par exemple à s'inquiéter, d'un côté, de la disparition des abeilles dû, entre autres choses, aux pesticides répandus sur les champs et à interdire en même temps l'utilisation de produits naturels censés les protéger.
Car la salubrité publique de même que les marchés veillent. Et, idiots que nous sommes, que pensons-nous qu'ils font, les marchés ? Ben, ils vont au marché. Et ils ont repéré votre petit bidon de purin d'orties : la bénédiction du jardinier, qui vous débarrasse des pucerons et qui vous sert d'engrais. Vous imaginez ? Si tout le monde se mettait à fabriquer son purin, où iraient se nicher les pesticides ?
Aussi bien, tout qui se mêlera d'expliquer à son voisin comment on fabrique ce purin ou de lui en vendre ou donner un petit bidon sera passible de deux ans de prison et de 75.000 euros d'amende. Ça ne vaut pas que pour l'ortie, bien sûr. Expliquer que des feuilles de fougère repoussent les chenilles du chou, c'est le même tarif. Bref, toutes ces choses que l'on se raconte de génération en génération sont désormais illégales et le moindre jardinier est devenu délinquant.
Cette criminalisation de la mémoire et de la transmission est peut-être la forme la plus inattendue de la pensée unique déguisée en principe de précaution. Le chimique peut être toxique, sans doute, mais il est homologué. La nature, c'est son problème, n'est redevable qu'à elle-même. Exit donc, la nature. Pas fiable, la nature. Histoire sans doute qu'une firme chimique aille par hasard découvrir et faire breveter une propriété de l'ortie inconnue des ministères, mais très fameuses chez nos grands-mères.
La France entend bien, dit-elle, faire passer cette loi, qui faillit être amendée mais qui ne l'est toujours pas, au niveau européen. Ah, si cela passe jamais, Philippe Gason ira directement en prison.
Allez une bonne nouvelle tout de même dans le monde des plantes : la moutarde que voulait planter l'échevin de Bruxelles Bertin Mampaka pour éloigner les Tsiganes, vous vous souvenez, n'est finalement pas homologuée. C'est du moins ce que l'on a cru comprendre au dernier conseil communal de Bruxelles. Ouf, on a évité la guerre de la moutarde. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.