Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2010
   


 
 
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Le FMI et Dominique Strauss-Kahn ne disaient pas autre chose hier - que ce n'est pas le moment de freiner la consommation, cela effraierait encore plus les marchés - tandis qu'avant-hier, ils invitaient les pays du G20 - dont font pourtant partie l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie plus l'Union européenne tout entière - à signer ce qu'ils appellent un plan de relance qui entraînerait le gel des dépenses de santé, une diminution des régimes de retraite, une réduction des dépenses publiques et une augmentation des impôts. C'est curieux : ils disent « plan de relance » et l'on entend « austérité ». On comprend par là que le tout, dans cette histoire, est de savoir comment nommer les choses : carpe, je te baptise lapin et prions pour que les marchés n'y voient rien.
Chez nous, le mot d'austérité ne figure pas au dictionnaire de la campagne. Nous sommes pourtant à un moment où, vous l'aurez remarqué, à part les fraises ou à peu près, tous les fruits sont verts. Tout juste entend-on parfois le mot « rigueur ».
Allez savoir pourquoi, Pascal, le mot « rigueur » est censé faire moins peur que le mot austérité. Sans doute certains veulent-ils faire entendre qu'un budget rigoureux serait surtout un projet scrupuleux, sérieux, vertueux presque. Mais non, la rigueur, celle qui nous vient de chez les Romains, la rigor, c'est la sévérité, la raideur, la rigidité. Toutes choses inflexibles, comme l'on sait. Mais les mots, eux, sont souples. Ils se contorsionnent comme l'on veut et une survie économique vaut bien une flexion sémantique.
Alors désormais, Pascal, ne dites plus : « Nos pays sacrifient à des plans de relance, d'austérité ou de rigueur » qui signifient toujours plus du même. Mais dites plutôt : « Nos Etats sont devenus spontanément adeptes de la simplicité volontaire et de l'objection de croissance ». Allez belle journée et puis aussi bonne chance.