Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Par-dessus le haut du jardin pointe parfois la tête du voisin. Mon père a un voisin qui est sculpteur. Il m'a demandé de vous en toucher un mot, c'est pourquoi je le fais. Martin Guyaux, c'est le nom du sculpteur, se trouve avoir produit une œuvre pour l'exposition universelle de Shangai, quelque chose de monumental qui devait trôner devant le pavillon belge et pour laquelle l'AWEX, l'Agence wallonne à l'exportation, lui avait trouvé un mécène chinois, un homme d'affaires, qui a récemment refusé d'honorer les factures. La sculpture est fondue, 5 tonnes, 5 mètres de haut, mais elle est bloquée dans la fonderie, en Chine. Et là, vous en avez peut-être entendu parler, le sculpteur dont l'espace devant le pavillon belge a désormais été attribué à une baraque à frites, accuse l'Awex de légèreté dans les négociations et dans le choix du sponsor tandis que l'Agence, en retour, proteste de sa bonne foi et ajoute que ce dossier a été pour elle, je cite, chronophage, c'est-à-dire qu'il lui a mangé beaucoup de temps.
De sorte, Nathalie, que, marchant dimanche dans le jardin de mon père, j'ai observé que si le jardinier comme le sculpteur ont tous deux des problèmes avec le temps, j'ai compris aussi que le temps de la terre n'est pas celui de la planète. La terre se nourrit du temps, la planète le dévore. Le nuage de cendres, par exemple, quand il passe, prend le temps que prennent les nuages, quand ils passent. Mais qu'il bloque mille liaisons aériennes comme hier encore et c'est le temps de la planète qu'il avale. C'est pourquoi, Nathalie, les hommes ne sont pas sages. Parce que perdre son temps aujourd'hui, c'est prendre celui des autres. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.