Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Et il y avait un papier stupéfiant dans Libération d'hier, une tribune d'un professeur d'économie qui donne cours à des étudiants qui croient que l'économie est une science dure et qu'on peut tout maîtriser. Cet économiste leur explique que ce n'est pas le cas. Mais peine perdue. Question : qui leur apprend cela si ce ne sont pas leurs professeurs ? Où ces gamins - cette sorte de type qui se fait appeler le Fabulous Fab chez Goldman Sachs a 31 ans - vont-ils chercher cette certitude, cette morgue qui veut que rien n'est beau sauf la victoire ? Car quoi que l'on fasse, qu'on ne l'ait pas fait à temps ou pas suffisamment, rien n'entrave la charge et la curée des vainqueurs : les Etats sont tués par ceux qu'ils avaient sauvés. C'est Brutus poignardant César et nous sommes tous un peu morts hier à Athènes, parce ce que ce qui vient de s'effondrer, c'est l'idée d'une civilisation où les conflits possédaient leur champ de résolution pacifique : non pas que l'on ait fait exprès de tuer des gens, mais parce que des gens sont morts dans ce qui est peut-être la première émeute européenne de la pauvreté. Désormais, il faut craindre ce que nous ne craignions plus.
En écoutant hier Françoise Barré parler depuis Haiti et raconter comment elle ne comprenait pas le sentiment de vie intense dans un pays où rien, ou presque, n'a changé depuis le tremblement de terre, je me demandais : et nous, en serions-nous capables ? Chaque fois que, dans mes nomades, je rencontre des sans papiers, des squatters, des gens du voyage, des sdf, je me dis : « salauds de pauvres ». Eux au moins, ils ont appris de la précarité l'art du mouvement. Ils sont plus préparés que nous aux changements. Ils sont déjà adaptés. En 10 minutes, leur sac est fait et ils sont prêts à bouger. Il va nous falloir nous préparer à être pauvres et apprendre à faire nos bagages en 10 minutes. Question, Pascal : vous vous souvenez où elles sont rangées, vos valises ? Allez belle journée et puis aussi bonne chance