Lautresite, le jour, les billets du mois de mai 2010
   


 
 

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En ce jour du mardi 4 mai 2010,
La nappe que le monde a posée ces jours-ci sur sa table, Pascal, est faite de pétrole brut, non traité. Sa couleur est indistincte, on va dire brunâtre, quelque chose de pas très raffiné. Elle est très large, cette nappe dressée sur la table du monde et elle est bien graisseuse aussi. Ce qu'on sert dessus n'est pas non plus très ragoûtant. On y mange assez mal, ces temps-ci et les invités au banquet tirent la langue.
Cette table tachée a des dessous. En dessous de la table du monde, se passent des enveloppes. Cette table salie a aussi des dessus. Au-dessus de la table du monde, s'échangent des pots-de-vin.
Prenez les Grecs, par exemple. Ils n'ont rien à voir avec les Anglais multinationalisés de la British Petroleum qui ont maculé la nappe de la table du monde et qui cherchent partout le bouchon de la carafe d'huile qu'ils ont renversée, mais tout de même, si on le regarde bien, on voit qu'ils ont le nez sous la table et pourquoi donc se penchent-ils ? Pour ramasser la souche de l'addition qui traîne par terre. Car les Grecs aujourd'hui doivent garder trace de chacun de leurs achats, de chacune de leurs dépenses. La conservation des tickets, des reçus et des factures est devenue une sorte de quête obsessionnelle. Le pain, le taxi, le supermarché, le petit noir au café, il faut tout garder. (...)