Lautresite, le jour, les billets du mois de avril 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Ce volcan qui nous valut, jusqu’à ces heures dernières, une sorte de storytelling planétaire VIP de qui était où, bloqué ou débloqué, en taxi coûteux, en voiture louée, dans un train couché debout, sur une banquette à Bangkok ou un divan à Milan : ce volcan fut plus éruptif encore que Facebook. Il nous dévoila subitement la vie privée du monde et fit de la consommation et du milage en CO des valeurs universelles. Car quel est le droit, n’est-ce pas, des usagers quand le monde entier ressemble à un cendrier ?
Ce nuage islandais ce fut un peu aussi comme la grippe mexicaine, tous égaux devant le principe de précaution. On se questionna. N’en faisait-on pas trop, là encore ? On apprit alors qu’on ne savait pas. Que prendre la mesure du risque consistait précisément à mesurer le risque et qu’on manquait pour cela d’instruments. Ah, Baudelaire, décidément : « J’aime les nuages, les merveilleux nuages ».
Eh oui, comme il est malin, ce Professeur Nimbus, il est même parvenu à masquer une autre explosion, celle de la banque Goldman Sachs, une autre histoire de fonds pourris, toujours des subprimes cachées, les Bourses chutent encore mais qui s’en soucie : si Dieux joue aux dés, pourvu qu’il fasse un six.
Les Islandais, dans leur mansuétude, nous préviennent aussi que chez eux, l’éruption d’un volcan en annonce souvent une autre. On attire notre attention sur le cas du cratère du Katla, qui s’enrhume souvent quand ses voisins éternuent. Le Katla est plus grand que le Eyjafjalajökull et plus facile à prononcer, s’il explose jamais, bien d’autres bulles éclateront aussi.
Alors, Pascal, devant ce dérèglement de la culture face à la nature, que faire d’autre que de se retirer en soi-même et d’écrire un haiku ? Je vous le demande.
Un jour de printemps / Boire du thé sous un volcan / Du lait, un nuage.
Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.