Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Mais elle lâche la mie qui lui reste. La mie tombe. Ce n'est rien, Pascal, de la mie qui tombe. Mais de la mie qui tombe, ça peut retarder la naissance du monde.
Et c'est ainsi que le 3 novembre 2009, la mie qui s'échappa des serres d'une chouette tomba sur l'un des transformateurs électriques qui, de la surface, procure de l'énergie au LHC, ce collisionneur de particules genevois destiné à nous rejouer la scène primitive du premier jour de l'univers. Cette mie qui tomba provoqua un court-circuit. Et arrêta, pour quelques jours, les activités des physiciens du CERN. La naissance du monde attendrait bien encore un peu.
Cette histoire est vraie, Pascal. C'est vraiment de la mie de pain tombée du ciel qui retarda, à Genève, de reproduire l'expansion de l'univers, même si on se sait pas vraiment exactement elle est arrivée là. Et cette histoire vraie nous dit, mais à l'envers, comment il a fallu que les circonstances s'agencent et s'enchaînent pour qu'un jour 13 milliards et 700 millions d'années plus tard, on puisse vous la raconter un matin, à la radio.
Aussi, hier, sur le coup de dix heures, tandis que nous attendions que cet accélérateur de particules géant, le plus grand jamais réalisé, se mette enfin en route et que l'on nous informa qu'il accuserait encore quatre heures de retard avant de reconstruire devant nous les conditions du Big Bang et de la naissance de l'univers, nous n'avons pas cru un instant, comme le prétendaient les scientifiques, que ces ennuis techniques étaient dus à la perte des faisceaux de particules.
Non, nous étions certain qu'il s'agissait d'une hirondelle qui, de son bec, avait laissé choir un brin d'herbe. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.