Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

Je ne sais pas vous, mais le « Matin première c'est le top de l'info, il est temps qu'on y ait aussi des interventions décalées, impertinentes», je l'ai un peu pris pour moi, qui suis tout de même le seul à chroniquer à cette heure matutinale - laquelle, avec le changement d'heure, soit dit en passant, devient de plus en plus improbable- et, je dois le dire, je me suis reconnu dans ce manque. Tout d'abord, je vous l'avoue, je l'ai mal pris. Comment, il ne me trouve pas drôle, le patron de la radio ? J'espère qu'il ne m'en veut pas trop quand même. Manquerait plus, qu'après, il refuse de me serrer la pince…
Mais, ensuite, c'est vrai, j'ai réfléchi. J'ai compris ce manque. Et même, je l'ai fait mien. Ce manque désormais me constitue. Le désir d'impertinence me taraude désormais. Moi qui n'ose pas dire à un type de ramasser le papier qu'il vient de jeter par terre, je suis maintenant parfaitement d'accord de me moquer du gros cul d'un autre à la radio. Car l'impertinence, on l'aura noté, connote d'abord, désormais, les aspects physiques de nos contemporains. Leurs petites manies aussi, leur vie privée tout autant.
La critique politique, elle, elle est énervante, elle ne fait rire personne. Vous dites : « Encore deux réfugiés afghans renvoyés en Afghanistan », c'est vrai, ça ne fait rire personne. Mais si, à la place, vous dites, « Le ministre au gros cul a encore renvoyé deux Afghans se faire sauter à Kaboul », ça, ça fait rire, surtout si ce sont deux Afghanes. Evidemment, vous, vous êtes derrière votre micro, vous pouvez tout dire et plus vous en dites et moins on pourra vous toucher. Si l'on veut vous toucher, vous piquerez plus encore. Et pendant ce temps-là, vous l'impertinent qui vous moquez du cul des autres ne vous apercevez pas que vous êtes assis sur le vôtre.
Il y a une certaine noblesse à être politiquement correct disait hier Edouard Delruelle dans la chronique pas drôle du tout qu'il tient au 13 heures. Il a raison ce ronchon.
Donc je rassure tout le monde, je ne vais pas demain me mettre à critiquer les particularités physiques de ma hiérarchie. Ç'aurait pourtant été un bon début, non, de se moquer de son directeur ? Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.