Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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« Les sans papiers ont géré le lieu en bon père de famille », me dit Patrice Lempereur, président du Conseil de quartier de Bressoux. Les habitants ont été solidaires, c’était très loin, dit-il d’être une zone de non-droit. Et d’ailleurs, ici et là dans la rue, on redoute que leur départ ne rouvre la porte aux dealers et aux junkies qui peuplaient, avant, les quais et le couloir souterrain de la gare abandonnée et semaient partout des seringues. « Avec les sans papiers », entend-on, le quartier était plus sûr ». C’est mon deuxième étonnement.
Troisième surpise : ces sans-papiers ont aussi accueilli des sans abris. « 103 exactement » me dit Youssef. La police locale leur amenait, c’était une idée de la Ville, ceux qui ne trouvaient pas d’asile pour la nuit, pendant les grands froids de l’hiver. Des demandeurs d’asile qui le donnent, voilà quelque chose de singulier, vous ne trouvez pas, Pascal ? Comme quoi on veut bien que la misère du monde, elle, accueille toute la misère du monde…
Et ce dimanche, 20 mars, donc puisque le printemps est là, les sans papiers ont reçu l’ordre de quitter leur territoire. Parce que la convention entre Infrabel et la Ville a expiré, que la SNCB a décidé de faire quelques travaux dans cette gare désertée depuis des années et aussi, qu’on envisage d’y créer un espace citoyen et de rencontres intergénérationnelles, un lieu dont, dit-on, la commune manque.
De sorte que l’on peut dire aujourd’hui que, de cette occupation, il ressort trois avantages : elle a sécurisé le quartier en faisant fuir les dealers, elle a suppléé au manque de structures d’accueil d’urgence de Liège et elle a permis, in fine, la réaffectation d’un lieu public au bénéfice de la population. Si n’est pas ça ce que l’on appelle, dans les procédures de régularisation, « une preuve d’ancrage local », je ne m’y connais pas, Pascal. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.