Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 

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En ce jour du vendredi 19 mars 2010, Vous allez me dire, Pascal, après les Afghans « raccompagnés » au pays, dont vous nous avez parlé mardi, vous voilà vendredi, Paul, avec les sans-papiers de la gare de Bressoux qui ce dimanche 20 mars, au printemps sonnant, seront priés de quitter les lieux après 10 mois d’occupation. Vous ne nous feriez pas une petite fixation ?
Mais non Pascal, je vous rassure. Vous connaissez sûrement cette expression : « Un fait est plus têtu qu’un lord-maire ». Et bien, je vais vous en dire, des faits têtus et étonnants avec ça.
Bressoux donc, la gare. Je retrouve Djamal d’abord, il y a six mois, lorsque j’étais passé une première fois, vous vous souvenez peut-être, c’est lui qui m’avait accueilli. Mais il n’y réside plus. C’est mon premier étonnement. Il est passé de la gare au garage. Il habite quelques rues plus loin et s’occupe, de fait, d’ouvrir un petit garage en prévision de sa régularisation espérée. Il a emmené quatre sans-papiers avec lui et envisage de créer deux emplois et s’il a quitté la gare, c’est fatigué, dit-il, de voir sa vie ne pas avancer. De ceux qui restent et qui vont devoir partir, il dit curieusement « c’est dommage pour ces gens-là ». Ces gens-là, ils sont encore une soixantaine sur les 176 qui y sont domiciliés. Car cette salle des pas perdus, rappelez-vous, avait aussi cette particularité d’être non seulement un logement temporaire mais aussi un domicile fixe. (...)