Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

Aucun des deux, raconte Remy Ourdan, n’a aujourd’hui retrouvé à Kaboul ni sa place ni son travail, l’un avait vendu la maison familiale pour payer le voyage et les passeurs, l’autre son taxi. De retour au pays, ils savent qu’ils ont perdu, mais on comprend, à lire ce bel article, qu’ils sont surtout perdus.
Remy Ourdan a aussi pris des nouvelles des autres expulsés, douze au total. Qui seraient à Bagram, à Jalalabad ou dans la province de Paktia, toute proche, précise-t-il des zones où l’OTAN combat les Talibans.
Soit, des régions, en dehors de Kaboul, où il est licite de renvoyer des clandestins, mais où il est dangereux pour un journaliste de s’aventurer. Il peut y être tué ou enlevé, comme ce fut le cas des deux reporters de France 3 en décembre dernier aussi et dont on est toujours sans nouvelles. Une « imprudence coupable » avait alors dit l’Elysée.
Comment doit-on appeler alors la politique d’un pays qui renvoie vers la Grèce, le premier pays européen où ils ont séjourné, des Afghans que les Grecs ont, dit-on, tendance à expédier un peu rapidement dans leur pays d’origine ? Je ne sais pas, peut-être que cela s’appelle une « prudence comptable » ? C’est en tout cas celle qu’applique la Belgique en affrétant de petits avions qui s’envolent vers la Grèce avec, à bord, entre autres, des expulsés afghans. Un petit avion est ainsi parti en janvier dernier, mais chez nous, on n’en parle pas et d’ailleurs on ne dit pas expulsés, on dit transférés. La sémantique est souvent bonne fille, on le sait bien. Cette bonne fille devra nous dire alors comment on appelle dans mon pays de bonne humeur, cet homme parti directement de Bruxelles à Kaboul en février dernier. Ce n’est pas le premier. En 2009, entre 9 et 11 personnes auraient été renvoyées en Afghanistan, soit à peu près le score français. Car nous aussi, qu’on se le dise, nous avons nos charters vers la guerre. Et on se dit aussi, Pascal, que là aussi, il faudrait peut-être prendre des nouvelles. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.