Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Ces affaires viennent de la générosité des passants et des habitants de la commune d'Auderghem ». Ce « contrairement à ce que l'on pourrait croire, aucun cambriolage n'a été perpétré ici » est venu tuer brutalement ce qui en moi faisait lueur : une solidarité directe, une attention active, un regard, enfin. Ce « contrairement à ce que l'on pourrait croire » est venu, littéralement, cambrioler ce à quoi, moi, je voulais croire : je pensais qu'on ne pensait plus ça, que le métier des pauvres c'était de voler, depuis au moins Jean Valjean. Une coquetterie dans l'écriture nous va parfois comme un coup de poing dans l'œil.
Alors à moi aussi ma petite histoire : un matin de grand froid, c'était il y a quelques années, on retrouva dans l'agence de voyages au-dessus de laquelle j'avais un bureau, deux sans abris qui avaient poussé la porte mal fermée, avaient ouvert celle du frigo et s'étaient rassasiés avant de s'endormir au milieu de la pièce. Ce fut un brouhaha quand au matin, le gérant les trouva. Il y avait de quoi voler en quantité : des ordinateurs, par exemple, il y en avait cinq. Et toutes sortes de choses négociables. Mais non, on était entré là parce qu'on avait froid et faim. On n'avait rien emporté. On classa l'affaire et on remplaça le fromage du frigo. Là, tout juste aux pieds des Marolles, on savait bien que la misère sociale n'est pas délinquante et qu'elle est juste miséreuse. Elles ont vécu un moment dans l'abribus tout proche, les deux cloches. C'était sans doute leur loge de concierges. Car le temps qu'elles y résidèrent, on ne mentionna pas de vols dans un quartier qui n'en manquait pas. Il y a des jours, Pascal, où l'on a envie de troquer une histoire pour une autre. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.