Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Elle a juste négligé de présenter ses diplômes pour entrer dans ce monde du lumpen où obtenir le travail et le statut d'ouvrier est désormais un rêve. Elle rapporte tout cela dans un livre « Le Quai de Ouistreham » que je n'ai pas lu, pas encore, je vais le faire bien vite, mais ça n'est rien Pascal, parce que j'en ai lu un autre.
A Caen, il y avait une usine qui s'appelait Moulinex. Il se trouve que j'ai travaillé, il y a quelques mois, avec un écrivain, son nom est Philippe Ripoll, qui rédigea avec des anciennes de Moulinex, fermé en 2001, « 3600 salariés au tapis », un ouvrage collectif intitulé « Nous ne sommes pas une fiction », qui raconte la même précarité. Dans ce livre, il y a un chapitre intitulé « Le Consultant » qui est suivi d'un autre qui s'appelle « L'Insultant ». Tout est dit déjà, enfin beaucoup, sur la manière dont on reclasse, enfin dont on classe en déclassant et la jeune Catherine Hug, précisément technicienne de surface, qui écrit comme Rimbaud, qui ajoute que l'esclavage existe encore mais enfin que maintenant, ça va, « il y a le regard qu'il faut chercher sur le visage de mes employeurs pour leur rappeler ma présence tangible »…
C'est à Caen aussi que Michel Onfray a planté son université populaire, on veut faire un sort à l'élitisme et à la reproduction sociale, on y parle philosophie, littérature ou bioéthique et tous les cours sont gratuits. On n'y voit rarement, cependant, les anciennes de Moulinex. Florence Aubenas, Catherine Hug et Michel Onfray cherchent pourtant la même chose. On pourrait appeler cela l'identité sociale de la France. Une France d'en bas dont on aura compris qu'elle vit aussi toute courbée. Comme un coup dans les reins. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.