Lautresite, le jour, les billets du mois de mars 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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300 pages tout de même, un gros classeur noir, mais de fait, une lettre anonyme.
D'habitude, les lettres anonymes, on les passe sous silence et, par nature, on n'y répond pas. De celle-ci, on publie même des extraits et des morceaux choisis. Il nous faut en convenir, Pascal, nous sommes en présence de la plus célèbre des lettres anonymes du moment. Et nous qui parlions hier de la vérification des sources, nous voilà au coeur du sujet et notre embarras, il faut bien le dire, est total. Car on publie aujourd'hui des documents qui n'en ont même pas, de source. Et il ne nous reste plus alors qu'à suivre le fil de la plume d'un corbeau. Un corbeau à l'ancienne, notez bien Pascal, qui préfère la poste à Internet.
C'est à Georges-Henri Clouzot et à son film du même nom que nous devons cette appellation : corbeau. Auparavant, on les nommait simplement délateurs ou alors anonymographes. C'est une histoire de lettres anonymes entre les deux guerres et dont on rechercha l'auteur pendant 6 ans qui lui avait donné l'idée de réaliser ce film en 1943, alors même que durant l'occupation, entre 3 et 5 millions de Français envoyèrent des lettres de dénonciation. Le Corbeau était, à l'époque, une mise en abyme d'une société malade de sa collaboration. On se demande alors aujourd'hui, avec un peu d'angoisse, de quoi cette lettre anonyme peut bien être le nom. De la provocation ? De la manipulation ? De la pression ? Du manque de confiance ? Ou de la peur ? Allez belle journée et puis aussi bonne chance.