Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2010
   


 
 

:

En ce jour du vendredi 26 février 2010, On se demande parfois, Pascal, s'il y a une quelconque moralité à gagner sa vie en s'en allant rencontrer des gens qui vont perdre leur emploi.
J'étais hier à Haine-Saint-Pierre, devant un Carrefour fermé, c'est pour ça que je vous dis. Et il y avait de quoi se garer sur le parking de l'hyper, je vous prie de croire. En arrivant, on voit un caddie qui sert de foyer à un feu qui brûle, des gens derrière, un barbecue qui grille, quelques sièges sortis et une banderole sur laquelle on a écrit : « Zone de sinistre social, 130 emplois ».
Elles sont six à être assises là sur le muret de briques. Ensemble, elles totalisent 115 ans de travail. Tout à l'heure, on parlera d'autres chiffres : on dira par exemple 20 ans d'ancienneté, 36 heures, 1300 net. Ou alors, 12 ans, 32 heures, 1200. C'est ça, cette fameuse « structure de coûts salariaux anormale ». Un pactole, de fait.
Au fond là-bas, il y a Chantal, 34 ans de maison hier. Juste hier exactement. Mardi, elle ne travaillait pas. Elle a entendu à la radio l'énoncé des 21 condamnations, les super et les hyper, elle a entendu ce nom, Haine-Saint-Pierre, et c'est comme, dit-elle, si elle avait appris la mort d'un proche par les médias. Ça l'a glacée. Elle se demande un peu ce qu'elle va faire de ces quatre mois qui resteront à prester, jusque juillet. Elle dit « On sera dégoûtés, c'est sûr, mais je ne sais pas si on saurait mal travailler ». (...)