Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

Le zéro, Pascal, est antérieur à la tolérance, huit siècles les séparent. Le zéro est un truc inventé par un Indien, transporté par un Arabe et traduit par un Italien, zéro voulait dire vide, avant d'avoir signifié "chiffre", ce qui donne la mesure de l'abysse. La tolérance, issue d'un mot latin très pesant signifiant "supporter un fardeau" ou si l'on veut "porter le monde sur ses épaules", a gardé pendant des siècles ce sens négatif. On ne dut qu'à Voltaire et Rousseau l'inversion de l'idée : la charge devint vertu et l'on supporta alors de supporter les autres. On toléra par exemple les autres religions et les pensées obliques. La tolérance zéro est donc, à la manière de la discrimination positive, un des ces oxymorons politiquement commodes, une chose impossible à réaliser. On sait que l'un des effets pervers de la tolérance zéro est de faire du chiffre, car si l'on suit cette tolérance à la lettre, il ne fera pas bon poser un pneu sur le trottoir, à Cureghem. Car pour que le compte soit rond, tout le monde doit être égal devant ce zéro. Et l'on imagine alors le trop-plein suscité tout à coup par ce vide. Sans rien dire du manque de moyens pour l'atteindre, ce zéro.
Et si c'était cela, finalement, la question principale : qu'une société se donne le zéro pour horizon et objectif ? Mais c'est peut-être aussi la manière qu'elle a de dire assez exactement, en se passant de mots, où elle en est. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.