Lautresite, le jour, les billets du mois de février 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Mais là, juste un peu plus bas, un autre de ces cadres dans lequel on enferme le temps gens quand il est fini : il est pour le Namurois Philippe Dewez, conseiller du président Préval, expert pour les Nations unies, auteur de plusieurs essais sur le mal développement, mort dans le tremblement de terre de Port-au-Prince, le 12 janvier dernier. On invite, pour manifester sa sympathie, à verser une contribution à un fonds de microcrédit en Haïti.
Cette page 48, Pascal, est une page de gravats et d'éboulis, et on se dit que ces gens-là n'auraient pas dû se rencontrer comme cela, mais ils sont côte à côte, ils ne se parlent pas, mais pourtant ils dialoguent. On ne s'explique pas, parfois, comment la mort peut être aussi pleine d'humanité. C'est une page de fureur aussi à vrai dire, une page de ruines, et l'on se dit, à la lire, que le monde n'est jamais qu'un bilan provisoire. Et nous en venons alors à tourner les autres feuilles pour prendre des nouvelles des survivants, des nouvelles de nous.
Dans cette page, il s'est aussi glissé un poète, Jean Tordeur, mort la semaine dernière, qui fut aussi journaliste au Soir qui lui rend là l'honneur d'une dernière demeure de mots gravés. C'est à lui que revient l'oraison, ai-je pensé. Une oraison pour le monde. Une oraison pour la page 48 et les autres pages que nous n'avons pas lues ou que nous ne lirons jamais. C'est juste quelques phrases, presque rien. C'est juste ça : "Quand on aura vidé l'eau de l'étang, Halé la barque, Etançonné les berges, On entendra la vase lentement sous le soleil Devenir Terre vierge". Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.