Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2010
   


 
 

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En ce jour du mardi 26 janvier 2010, Tiens, hier, on recherchait encore des survivants. C'était en mer, cette fois, le crash d'un Boeing en Méditerranée, 90 personnes à bord et combien par dessus ?
On espérait bien pouvoir encore repêcher des gens et des hélicoptères et des avions tournoyaient au large de Beyrouth. On venait juste d'annoncer qu'on ne fouillerait plus les gravats, à Port-au-Prince. 133 personnes retrouvées, a-t-on dit. 150.000 morts, peut-être le double a-t-on aussi entendu.
Il y a des moments comme ça, où le monde se penche sur ses survivants. Il fait les comptes de ceux qu'il cherche. Il regarde. Il dénombre, il sait bien que dans les décombres, on ne trouve finalement que des soustractions. C'est l'orgueil de l'humanité, sans doute, de ne pas vouloir se rendre tout de suite à l'évidence des nécrologies victorieuses. Ainsi donc, n'avoir rien pu faire pour 150.000 ou peut-être le double, mais en sauver 133. Avec cela, les chiffres sont-ils devenus plus ronds ? La mort des uns est-elle rendue plus acceptable par la survie de quelques autres ?
Une planète entière ne peut rien contre la pesanteur de ces chiffres-là. Et contre cet instant infime, cette part du temps précise, où une personne disparue ne l'est plus. La disparition, à un moment donné, devient une circonlocution. (...)