Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

La direction ne demanderait que ça, un conflit bien classique, un arrêt des activités, du chômage technique. La veille, c'était elle, la direction, qui avait voulu interdire l'entrée aux travailleurs. "Un piquet de patrons, on n'avait jamais vu ça", me dit Giovanni, 29 ans d'usine, il a connu Piedbœuf, un autre monde. "Ils ont voulu faire un lock-out" ajoute Bernard, 18 ans de maison, "nous ce serait plutôt un open-in, tout rentre, rien ne sort, mais on bosse, on sent qu'on est dans le juste, c'est un genre nouveau de lutte, on invente". Car ici, on a le sens de la formule et de la figure de style, on pratique la litote et on connaît la périphrase. Ça déroute Inbev qui parle en portugais du Brésil la langue des dividences, des larges bénéfices et des petits impôts.
Sur le rond-point en face, où trône une immense cuve, des voitures tournent. Klaxonnent. Des délégations de cheminots passent, des pompiers aussi, des étudiants arrivent, on annonce au porte-voix que les négociations à Bruxelles n'ont pas encore démarré et puis aussi que l'usine de Diekirch aurait cessé le travail. Puis chacun apprend la fermeture d'Opel Anvers. "Boire ou conduire, il ne faut plus choisir", lance quelqu'un, "il faut qu'on les rencontre". La journée passe ainsi. On serre des mains, on s'en va. On est déjà sur la route quand on apprend la nouvelle. La direction aurait reculé, il ne serait plus question de licencier 300 personnes, on repartirait d'une page blanche. On pense alors à la dernière image que l'on garde de Jupille. Sur le rond point, une voiture qui passe. Klaxonne. C'est une Opel. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.