Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2010
   


 
 

:

En ce jour du mardi 19 janvier 2010, Tandis qu'ailleurs on fouille les gravats et qu'on soulève les ruines, Pascal, regardons un peu ici ce qui se passe sur nos trottoirs : il n'y a pas de maisons tombées sur nos trottoirs, seulement des gens couchés. Dans les deux cas, si on se penche un peu, c'est un suaire qu'on soulève.
Les collectifs qui dénombrent les morts de la rue font leurs comptes, ces jours-ci. On dit ça : "font leurs comptes" car chaque année laisse derrière elle son bilan macabre, il faut bien le dresser, tenir rigoureusement son livre, écrire dedans des noms qui, au final, font des nombres. Tout le monde fait ça. Il faut, en Haïti comme ailleurs, mettre les morts en chiffres, les chiffres sont une sépulture comme une autre et les statistiques servent désormais de fosse commune.
Et donc, le collectif des morts de la rue, en France -on parle donc ici des sans abris, des clochards, des sans domiciles fixes ou pas fixes, on a déjà dit sur cette antenne ce qu'on pensait de ce terme, sdf, - a fait savoir qu'il avait arrêté ses comptes pour l'année 2009 à 358 décès. ATD Quart Monde, qui dénombre en Belgique ceux qui sont morts dans la rue ou des conditions de vie dans la rue et qui, bientôt, tiendra pour eux une célébration à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, a donné ce chiffre : 35. Ces morts-là n'ont droit qu'à quelques secondes, quelques minutes au plus, de salut médiatique. (...)