Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Tenez, il y a justement une interview de Dany Laferrière en première page du Monde, ce matin. (On se demande pourquoi c'est toujours en cas de nécrologies ou de catastrophes que les écrivains parlent en première page des journaux). Et qu'est-ce qu'il dit, Dany ? Qu'il craint "que cette catastrophe ne provoque un discours très stéréotypé. Il faut cesser d'employer ce terme de malédiction, c'est un mot insultant qui sous-entend qu'Haïti a fait quelque chose de mal et qu'il le paye". Et qu'est-ce qu'on lit en ouvrant le Journal du dimanche ? On lit : "La malédiction d'une île découverte par Christophe Colomb". Les écrivains disent donc aux journalistes que les mots on un sens. Car qui peut faire quoi contre une malédiction ? Rien justement, et surtout pas du politique. De l'émotion, peut-être, un peu. Insuffisant, disent les poètes. La catastrophe ramène au politique.
Et donc, Lyonel Trouillot, autre écrivain haïtien majeur enfonce le clou. De Port-au-Prince, il écrit ça : "On en a marre que les médias rappellent qu'Haïti est le pays le plus pauvre de l'Amérique. On en a marre que ce tremblement de terre soit une nouvelle occasion de sortir les clichés, de dessiner les mêmes caricatures. Mais on est surtout agacé de la disparition de l'Etat. Le tremblement de terre n'a pas tué l'Etat. On leur demande, foutre, de diriger!" Foutre ! De diriger. Ah, Lyonel Trouillot ! Qui ajoute : "De cette "communauté du pire" dont parlait Camus, tirons la leçon de la nécessité d'un?meilleur vivre-ensemble". Un vivre ensemble auquel va pouvoir participer le jeune poète Bonel Auguste, dont je vous parlais et qui a enfin donné de ses nouvelles. On envierait presque ce pauvre petit pays pauvre d'être aussi riche de si grands écrivains. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.