Lautresite, le jour, les billets du mois de janvier 2010
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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On se dit, ça n'a peut-être pas beaucoup d'importance un festival littéraire annulé pour cause de tremblement de terre. Les mots se retirent devant les morts, ils les suivront plus tard, si on a le temps de mettre un peu de mots sur beaucoup de morts. Mais dans les tremblements de terre, il y a aussi des mots qui disparaissent. Hier, par exemple, on est resté longtemps sans nouvelles de Dany Laferrière, le plus important des écrivains haïtiens contemporains, il a remporté cette année le prix Médicis pour "L'énigme du retour". Il a fini par donner de ses nouvelles. Mais d'autres écrivains de Port au Prince manquent à l'appel. On pense au jeune Bonel Auguste. Dans un texte donné pour ces Etonnants Voyageurs, il écrivait : "Je vais souvent au petit bar de la rue Capois où la bière est très fraîche, à un prix spécial, moins pour boire que pour m’enivrer du regard. Je contemple avec avidité la vieille maison en bois qui se situe juste en face. J’ai l’étrange sensation que se dessine entre elle et moi une complicité, une fraternité et qu’en la regardant, je me vois du dedans".
On se demande ce qu'est devenu le petit bar de la rue Capois, à Port au Prince. On se demande ce qu'est devenue la vieille maison en bois juste en face où l'on se voit du dedans. On se demande ce qu'est devenu Bonel Auguste. Et on se dit : est-ce que dans les maison qui tombent, aussi, on se voit du dedans ? Allez belle journée et puis aussi bonne chance.