Lautresite, le jour, les billets du mois de novembre 2009
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

Lorsque arrive enfin le verdict, et la peine définitive prononcée, le jugement précise toutefois qu'il n'y a pas lieu de procéder à une arrestation immédiate. On veut bien croire, il était déjà en prison, depuis trois mois. En train précisément d'exécuter cette peine qui ne requérait pas un enfermement imminent. A Forest, à ce moment-là, nous sommes en septembre dernier, c'est la grève, la fameuse grève, vous savez bien. On ouvre sa cellule, on le libère. C'est l'apocalypse, il a l'impression d'un coup d'Etat, dit-il, alors on fait vite. Personne ne lui dit que 9 jours encore suffiraient pour que sa peine soit pleinement accomplie. Il est dehors, il se croit libre mais en fait, il est sorti de prison comme un voleur. C'est moi qui le dis, mais c'est lui qui le pense.
Deux mois plus tard, on le rappelle, il lui faut prester ces 9 jours. C'est légal. Ça ressemble un peu à de la prison en time sharing, mais c'est légal. Mais enferme-t-on des gens pour 9 jours en des temps de surpopulation, de surcroît ? Je vous le demande. Sans doute pourrait-il s'en sortir avec un bracelet électronique. Qui arriverait dans 4 mois au mieux, pendant lesquels il sera dans une sorte de liberté formelle aux mouvements contraints, à attendre ces 9 jours où il devra rester chez lui… C'est particulier, on va dire. Il avait prévu de voyager, de partir un moment voir le monde. Se nettoyer la tête. A l'instant de franchir la porte de la prison, l'autre jour, il m'avait confié son ticket d'avion. Mais que vaut un ticket d'avion contre un billet d'écrou ? L'avion s'est envolé, l'écrou continue de tourner.
Alors voilà, Pascal, j'ai accompagné un homme en prison qui, à tout prendre, préférerait encore y retourner. Pour classer cette histoire. Pour en finir. Voilà, c'est tout. C'est juste l'histoire d'un type qui veut bien payer mais à qui on a confisqué son argent. Une chose banale. Deux fois rien. Une vie. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.