Lautresite, le jour, les billets du mois de novembre 2009
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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On appelle "écoutants" les bénévoles qui se chargent d'accueillir, par téléphone ou par Internet aujourd'hui, les paroles de ceux pour qui la vie sociale n'a pas prévu qu'ils pouvaient aussi être entendus. Les "écoutants" entendent tout : je veux dire, ils entendent ce qui se voit dans la rue, ou plutôt ce qui s'y cache. Car la question sociale se niche tout entière dans des coups de téléphone anonymes. Anonymes puisque, dans cet échange, personne n'a de nom. Pour parler de soi, il vaut mieux désormais ne pas se dire. C'est comme ça, sans doute, que les hommes survivent, tandis que d'un côté, ils veulent se montrer aux autres dans un souci d'exhibition total et que de l'autre, ils ne peuvent vraiment se dire eux-mêmes que dans la garantie d'un anonymat complet et d'une parole lente. C'est peut-être bien, après tout, toute la différence entre la télé-réalité et Télé-accueil.
"L'anonymat est une plaie", a dit, un moment, le psychanalyste Jean-Pierre Winter qui visait là ceux qui se cachent pour blesser les autres. Avant, ils envoyaient des lettres anonymes. Ils se dissimulent aujourd'hui sous des "nick names" sur des forums ou des blogs Internet. "La transparence est mortifère" a répondu comme en écho la cinéaste Anne Levy-Morelle qui parlait là de ceux qui veulent tout savoir sur tout et sur tous et, par exemple, des directives européennes qui demain, justement, s'occuperont de pister nos appels et de remonter nos coups de téléphone.
Et c'est là que l'on s'est demandé, Pascal, si entre le dévoiement et la criminalisation de l'anonymat, on n'était pas aujourd'hui en train de casser une forme de résistance : celle de l'échange gratuit et de la parole susurrée. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.