Lautresite, le jour, les billets du mois de octobre 2009
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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A un moment, Monsieur Rabot a demandé : « Est-ce que la mémoire c'est de l'histoire ? » et « Est-ce que l'histoire c'est de la mémoire ? » c'était de belles questions et moi, au fond de la classe, assis comme j'étais, j'aurais bien répondu que c'était peut-être bien aussi de la géographie.
Car juste avant, j'étais à quelques kilomètres de là, côté belge, à Bruly-de-Pesche, et j'étais dans la même époque sauf que ce n'était pas exactement le même temps. J'étais avec Paul Magniette, un béret vissé sur la tête, qui s'amuse de son homonymie. Il dit juste : j'ai le portefeuille en moins et un i en plus. Et puis aussi, il a 83 ans, et avec lui, on est là, au ravin du loup (mais il faut le dire en allemand, le Wolfsslucht), là où Hitler édifia son bunker, là où il organisa la campagne de France, là où il rédigea les conditions de capitulation de l'armée française, un lieu de mémoire certes, où tout se mêle, occupation et résistance, et je marche ce lieu de mémoire avec Paul qui fut à 17 ans aussi agent de liaison pour un maquis venu de Bruxelles, le service Hotton, le groupe D de l'Ulb, sabotages et guérilla, de jeunes gens aussi et leurs professeurs, dont les noms sont gravés plus loin : Marcel Franckson bien sûr, Mathieu Blavier, Edmonde Lasson, Ivan Seliwanov ou Abd-El Kader. Une vingtaine comme ça. Tout à côté du bunker du Fuhrer, l'école qui abritait les services techniques nazis accueille maintenant des classes vertes. Dans la prairie, des jeunes gens, 16-17 ans, jouent au volley. Une vingtaine comme ça. Pour un peu, le ballon irait bien se perdre dans le bunker. Et on se dit que c'est peut-être bien ça, finalement, que la mémoire est une chose rebondissante. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.