Lautresite, le jour, les billets du mois de octobre 2009
   


 
 
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C'est pourquoi très franchement, Serge, je préfère vous parler de Herta Müller, car il n'est pas douteux que nous fêtions là un prix Nobel de la chute du mur, je veux dire un prix au cœur du politique. Herta Müller est allemande, sans doute, mais vient de cette Roumanie du Banat où l'on fit émigrer au 18ème siècle toutes sortes de germanophones, y compris des Alsaciens et des Lorrains, que les Nazis enrôlèrent sous Hitler et que la RFA racheta sous Ceausescu. Herta Müller est une des "Souabes" rachetées pour 5000 marks, je vous parle en monnaie d'époque, quelque chose comme 2500 euros. C'était en 1987, je vous le disais, il y a des vies mauvaises.
Je n'ai pas relu le seul livre que j'ai lu d'elle depuis vingt ans. Il avait paru en 1989, ça s'appelait "L'homme est un grand faisan sur terre" et je me souviens que ce fut une lecture oppressante, dense, une écriture barbelée, où les mots ne sont pas là pour rien. Il y a vingt ans le mur n'était pas tombé et Ceausescu non plus, et de temps en temps Herta Müller et son groupe d'amis -il y avait son compagnon qui s'appelait bizarrement Richard Wagner -, téléphonaient de Berlin lorsque parvenaient des nouvelles du Banat, à ceux qui, de l'opération villages roumains à Bruxelles, avaient engagé contre le Conducator tout une Europe citoyenne. Elle était et elle est restée dans le combat, au cœur du politique. Je dis ça, c'est juste pour dire, c'est pas la peine de rappeler les mânes de Stefan Zweig ou de Franz Kafka, ils ont été couronnés hier à Stockholm. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.