Lautresite, le jour, les billets du mois de septembre 2009
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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"Allons, dis-je, à la recherche de cette frontière imaginaire, ça conclura mon itinéraire". A quoi il répondit : " Fort bien. Maintenant qu'on peut voir sur Google des lieux qui existent vraiment, nous allons visiter en réel un endroit qui n'existe pas". Et nous nous sommes engagés dans des chemins frontaliers, fréquentés uniquement par nous-mêmes, et de temps en temps il me disait : "Je le voyais là, le Pavillon" puis un peu plus tard "Là aussi il aurait été très bien".
La route est rectiligne, bordée d'ormes et de peupliers, des champs jetés de chaque côté. Nous faisons halte à un croisement improbable : rase campagne, une rue, c'est la Grenstraat, et une maison, c'est un café, il s'appelle le Saint Antoine, le saint patron sans doute des frontières disparues. Mais il est fermé, abandonné, déserté. De sorte que l'on se dit que l'espoir de les retrouver un jour, les frontières, Saint Antoine aussi l'a perdu.
Et puis, à la Noordmoerstraat une fois passé le petit pont, tout à coup, il est là. Uniforme, aubette, tampon, pavillon, képi et lunettes : ne manquent que les tartines et le thermos. C'est un douanier. Vieux. Qui garde un poste abandonné. Un mannequin sans doute mais un douanier tout de même. Qu'il n'avait jamais vu. Et qui nous regarde ironiquement. Ça nous en a mis un coup pour le virtuel. Alors on s'est dit que c'était comme ça, la fiction. Que ce ne sont pas des auteurs qui font vivre des personnages, mais des personnages qui cherchent leur auteur. On a redémarré. Et j'ai entendu distinctement le douanier nous demander : "Poètes, vos papiers". Et on a répondu : "Non merci, on n'a plus rien à déclarer". Allez belle journée et puis aussi bonne chance.

"Le Pavillon des douanes", publié originellement dans la revue "Marginales", a paru aux éditions Luce Wilquin en 2006. Il a été suivi d'un autre recueil des nouvelles "Les Maraudeurs de l'obscur" et d'un roman "Les mots de Maud", chez le même éditeur.