Maurice Lejeune qui savait trop bien ce qui se cache derrière
les frontières,-passeur d'hommes et de prisonniers durant la
guerre, un fils tué dans le maquis franco-belge du Banel- disait
ceci et je vous prie de noter : "C'est pourquoi moi, humble ouvrier,
ancien gendarme, ancien garde forestier, ami des hommes, des bêtes
et de la nature, j'ai fait un effort". Et c'est fou me disais-je
comment les gens des frontières détectent avant tout
le monde les tectoniques politiques.
Hier, je suis allé sur une autre faille, une autre frontière,
une autre ligne de front, elle est située à Bruxelles,
pas loin de la Grand-Place, dans le quartier de la gare du Midi, car
les gares toujours seront des seuils ou bien des terminus. C'est une
de ces frontières invisibles et discrètes, logée
dans un hôtel qui répond au nom de Continental, Mondial
aurait été trop beau.
C'est là que Fedasil, l'agence fédérale chargée
de l'accueil des demandeurs d'asile loge quelques-unes des 1000 personnes
qui ne trouvent à dormir nulle part, car un demandeur d'asile,
on l'oublie, est aussi un demandeur d'hébergement. Je suis
entré, je me suis installé dans le lobby de l'hôtel
et j'ai fait comme tout le monde, j'ai regardé passer le temps
et les gens. Je n'ai rien fait d'autre. Rien de rien.
A la fin, j'ai rencontré Louis, Congolais de Brazza qui m'a
dit qu'il était là comme un enfant. Et qui a ajouté
: "A qui on va dire qu'un Louis sur la terre mérite bien
quelque chose ?". Hé bien, me suis-je dit, peut-être
à Maurice Lejeune. Allez belle journée et puis aussi
bonne chance.