Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2009
   


 
 

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En ce jour du lundi 15 juin 2009,
Chères auditrices postmodernes, chers auditeurs contemporains, la question se pose aujourd'hui de savoir s'il vaut mieux raconter des histoires, comme le fait la Loterie nationale, ou ne pas raconter les histoires, comme le fait aussi la Loterie nationale.
On a vu ces derniers jours, des tas de petits arrangements avec le hasard. Ah, on dirait bien que la Loterie a inventé le dessein intelligent, si ce n'est même le créationnisme du gagnant idéal : un tel qui a touché le gros lot n'a pas le profil adéquat, on le déguise en pauvre honorable, bienfaiteur méritant, chargé du mécénat de l'espoir, presque, d'une société où l'on est scandaleusement triste.
Et puis on dirait bien aussi que certains vendeurs ont eu pour les jeux de hasard une vision prométhéenne, je parle de ceux-là, soupçonnés d'avoir détourné à leur avantage la bonne fortune des autres: il aura fallu qu'eux aussi dominent l'aléatoire, qui, dans nos sociétés, n'est décidément pas chose acceptable. Déjà que nous voulons nous rendre certains de ce qui se passera demain, alors si demain est trop loin, arrangeons-nous pour être sûrs de l'immédiat, c'est déjà ça. L'estompement de la norme, finalement, ce n'est jamais qu'une manière habile de rectifier un hasard malheureux. (...)