Lautresite, le jour, les billets du mois de juin 2009
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

Ecouter la chronique du jour sur le blog de "Matin première".

Giacomo Tosolini, mais on peut dire Jacques, avait 9 ans à son arrivée à Clabecq et passa toute sa vie là, 40 ans aux Forges, passé de manœuvre à la direction d’un service technique, une vie de syndicalisme aussi, mais on sent bien que ce château, c’est son Pagnol à lui. Il me dit, comme un écho à ma chronique d’hier : « Pour nous, les gosses, c’était la guerre des boutons ». Mais d’autres disent aussi que la liberté y était surveillée, qu’on gardait un œil sur les rouges, qu’il fallait marcher droit. On veut dire : marcher droit pour traverser la route et passer le canal, l’usine était à deux pas.
On ne le sait pas assez, mais les immigrés italiens qui se sont installés par chez nous sont des survivants. Près de 70% des gens, me dira tout à l’heure Sarah Berti, petite-fille d’immigré et qui a co-écrit un bel ouvrage sur ce « château des Italiens », ne tenaient pas un an. Soit qu’ils s’enfuient, soit qu’on les renvoie.
C’est ça que raconte ce château, des histoires oubliées ou susurrées, d’une immigration qui fut aussi un combat .Et on se demande ce qu’on en retiendra lorsque les façades lépreuses auront été repeintes.
Et puis, tandis qu’on serre la main de Jacques, on pense que ce qui reste des Forges et qui s’appelle Duferco Clabecq appartient désormais à un groupe sidérurgiste italien. Et on se dit aussi que ce pays-là, l’Italie, fait aujourd’hui la chasse aux immigrés. On resterait bien encore un peu, avec Jacques, pour tenter de comprendre. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.

Sur ce sujet : « Le Château des Italiens » de Sarah et Christophe Berti, éditions Luc Pire, 2000.