Lautresite, le jour, les billets du mois de novembre 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Pourquoi donc la main innocente du tirage au sort nous dérange-t-elle autant ? Nous qui sommes pourtant habitués à ces mains que nous ne voyons pas et qui nous touchent sans nous reconnaître. Tenez, par exemple, la main invisible du marché… Elle fut incontestable jusqu’à Dexia et Fortis. Main à la compétition ou main à l’égalisation, quel siècle à mains aurait dit Rimbaud…
Et donc, pourquoi ne pas rappeler ici que le tirage au sort fut l’utopie de la démocratie, son alpha et son oméga. Solon en fut l’initiateur. Montesquieu l’interrogea. Rousseau la plébiscita. Le tirage au sort, c’est-à-dire la démocratie directe de la main innocente, voulait répondre à la mainmise —on dit bien — d’une élite sur les décisions communes. C’est tout simple, vu comme ça. Et vous voyez qu’avec ce décret et ce débat nous sommes au cœur de préoccupations très contemporaines et fort postmodernes auxquelles le ministre n’avait peut-être pas pensé. Il va falloir l’apprendre à nos enfants, que le tirage au sort a une histoire qui n’est pas celle de la Loterie nationale. Mais voilà, ce que l’on tire encore au sort, dans nos démocraties, ce sont les numéros des listes électorales. Les listes électorales, c’est ce qu’il nous reste de la démocratie athénienne. Avec les jurys d’Assises, à vrai dire. Car la Justice aussi, allez savoir pourquoi, a besoin de mains innocentes.
Mais j’arrête ici car j’en vois déjà qui vont dire : et si les chroniqueurs aussi, on les tirait au sort. Je palpe une inquiétude. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.