Lautresite, le jour, les billets du mois d'octobre 2008
   


 
 
Ces chroniques sont diffusées à 7h15 tous les matins sur "Matin première" RTBF.

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Peut-être parce que si les suicides en prison sont une chose, il existe aussi les suicides devant les prisons et que cela nous tend un terrifiant miroir. Hier dimanche, on apprenait la mort d’une dame, sexagénaire, française encore, qui s’était, la veille, immolée devant la maison d’arrêt du Mans. C’est là qu’était interné son ami, un sans papier arménien, en attente de sa très prochaine expulsion. Un récidiviste nous dit-on. Condamné pour violences. Un type, donc, indéfendable. Et pourtant défendu jusqu’à l’immolation. Par le feu. Dans notre imaginaire d’Européens, ça nous ramène presque à Jan Palach, au Printemps de Prague et à sa répression, si on s’en souvient encore. Notre culture ne supporte pas l’immolation : l’immolation par le feu, c’est littéralement l’holocauste. Elle est rarissime. Elle est taboue.
Et pourtant cela, aujourd’hui et maintenant : un suicide par le feu. Et l’on voit déjà qu’ici et là, certains craignent une contagion. L’on pratique bien la grève de la soif. On peut très bien désormais se rendre aussi au feu.
Cette dame s’appelait Josiane Nardi. On ne connaît pas, on ne connaît pas encore, le nom de son compagnon arménien. Le papier d’Arménie, vous savez cela, c’est ce papier que l’on brûle en accordéon pour rafraîchir la maison. Vous sentez, hein, comment ça sent ? Désormais, et nous en sommes là, aujourd’hui et maintenant, le sans papier d’Arménie aussi, aura une odeur. Allez, belle journée et puis aussi bonne chance.