Lautresite, le jour, les billets du mois d'octobre 2008
   


 
 
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Et c’est vrai que l’on pourrait filer la métaphore et tisser l’analogie avec ces subprimes dont on ne savait pas qu’elles se retrouvaient dissimulées dans les produits financiers dont sont friandes les banques et qu’elles s’échangent d’un bout à l’autre de la planète, de la junk money, comme on dirait, de l’argent pourri à mieux dire, et ça finit aussi par atteindre le cerveau.
Je ne sais pas pourquoi, mais tout ça m’a fait penser à Fred Vargas. Vous savez bien, l’épatante créatrice de l’inspecteur Adamsberg, « Pars vite et reviens tard », « Un lieu incertain », vous avez peut-être lu. Il y a deux ans, cet écrivain de polars avait créé une cape en plastique anti grippe aviaire — le H5N1, encore un terme que l’on n’utilise plus, attendons — dont il fut de bon ton de se moquer jusqu’à ce que la communauté scientifique s’en empare et que le gouvernement français en envisage la production. Fred Vargas, qui est aussi archéologue et qui étudia de très près l’histoire de la peste, ne faisait pas cela par défi ou bravade. Mais parce que, disait-elle, en cas d’épidémie, en trois jours, c’est la dislocation sociale.
Il est heureux que des écrivains se soucient de la paix sociale et fabriquent des capes pour préserver les gens de l’ensauvagement, ce qui est faire aussi, et comment, de la politique. Alors, je vous le demande, à quel poète confier notre sort ? Peut-être à Roberto Juarroz, je vous en ai déjà parlé. C’est lui qui disait que « tout arrive mais à l’envers » ou que l’on arrive toujours mais ailleurs ». Il disait aussi : « La réalité est une histoire minime et nuageuse ». On parie ? Allez belle journée et puis aussi bonne chance.